Assemblée Générale

 

 

L’humour féroce de Georges CLEMENCEAU (1841 – 1929)

 

 

On ne comprend rien à la personnalité si complexe de Georges CLEMENCEAU si l’on n’intègre pas les éléments biographiques suivants.

·                   1/ - En 1851, au lendemain du coup d’Etat, le petit Georges alors âgé de 10 ans voit son père arrêté par la police de Napoléon III.  Ce père médecin, issu d’une famille de notables « bleus » de Vendée, est un républicain engagé, progressiste et farouchement athée. En 1858, après l’attentat d’ORSINI, le docteur CLEMENCEAU sera arrêté une seconde fois et placé en résidence forcée à NANTES: l’adolescent Georges âgé de 17 ans n’oubliera jamais cette humiliation et combattra toujours l’injustice et le régime impérial. En 1862, âgé de 21 ans, il fera lui-même 73 jours de prison.

 

·                   2/ - Dès l’effondrement de l’Empire, CLEMENCEAU est nommé maire du XVIIIème arrondissement de PARIS par le Gouvernement provisoire : il a 29 ans et demeurera à PARIS durant tout le siège de PARIS et pendant la Commune. C’est à cette occasion qu’il se liera d’amitié avec Louise MICHEL et Auguste BLANQUI à qui il demeurera fidèle toute sa vie, lui qui deviendra un jour « le premier flic de France ». Par ailleurs, il faut comprendre qu’il vivra très mal l’humiliation de la défaite et l’annexion de l’Alsace –Lorraine ce qui explique son désir constant de la «Revanche » tout au long de sa vie politique et son attitude particulièrement déterminée et volontariste au cours de la 1ère guerre mondiale.

 

·                   3) - Docteur en médecine comme son père, « le TIGRE » conservera jusqu’à sa mort, de ses années passées à la Faculté de Médecine et au Quartier Latin, un esprit carabin un peu gouailleur qui transparait au travers notre thème de causerie aujourd’hui.

 

 

Georges CLEMENCEAU

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Aussi, je vous propose d’aborder successivement trois sujets de prédilection qui ont alimenté plus que d’autres la verve dévastatrice de notre héros :

 

-la politique et les politiques ;

-les fonctionnaires ;

-les militaires.

 

Si nous en avons le temps, nous pourrons terminer par une sorte de pot-pourri de diverses citations ou anecdotes.

 

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I – Sur la politique et les politiques.

 

 

 « Dès qu'un homme politique a fourni les preuves indéniables de sa médiocrité, on le décore, on l'acclame et on le nomme président de la République », disait CLEMENCEAU. On connait la fameuse citation «  En France, il y a deux organes inutiles : la prostate et la Présidence de la République ». Mais c’est à l’occasion du trépas de Félix FAURE, provoqué par ce qu’il est convenu d’appeler une « gâterie » administrée par sa maîtresse Madame STEINHEIL (derechef surnommée « la pompe funèbre » par les chansonniers) que le Tigre va littéralement se déchaîner, en résumant la carrière de Félix FAURE par cette phrase célèbre : « II se croyait César, il n’est mort que Pompée !... »

-      Vous savez, racontait-il, que Mme Steinheil a été chassée du salon où le Président venait de mourir dans ses bras - si j'ose dire -, par Le Gall, chef de Cabinet.

-      Allez, déguerpissez, et qu'on ne vous revoie plus, lui dit-il.

« Elle se rajusta rapidement, prit son corset qu'elle avait déposé sur une table et le roula dans un numéro du Figaro... (J'ai toujours dit que le Figaro était un journal utile !) Puis elle s'en alla en courant... Mais, depuis lors, je me pose une question : "Pourquoi avait-elle retiré, son corset pour faire ce qu'elle avait à faire à Félix Faure ?" »

En guise d'oraison funèbre, CLEMENCEAU eut ce mot terrible :

« En entrant dans le néant, il a dû se sentir chez lui..» et cet autre : « Félix FAURE vient de mourir. Cela ne fait pas un homme de moins en France ».

 

 

 

      Félix FAURE                      

 

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II - Sur les fonctionnaires.

 

Un matin, CLEMENCEAU arrive, suivi de Georges Mandel, au ministère de l'Intérieur, place Beauvau. Il arpente les couloirs et ouvre les portes des bureaux. Tous sont vides. Enfin, dans un réduit rempli de dossiers poussiéreux il découvre un vieux commis à calotte et à manches de lustrine qui se lève.

-     Où est votre chef ?

-     Je... je ne sais pas, Monsieur le Ministre, il... doit
être parti.

-     Bien !

CLEMENCEAU fait quelques pas et ouvre une autre porte. Là, sommeille un garçon de bureau.

-     Vous êtes seul ?

-     Oui, Monsieur le Président !

-     Où sont les autres ?

-     Partis !

-     A dix heures du matin ! C'est effarant !

Enfin CLEMENCEAU entre dans un bureau et découvre un fonctionnaire dormant derrière une pile de dossiers. Mandel s'approche pour le réveiller, mais le Tigre le retient, un doigt sur les lèvres :

-     Chut ! Ne le réveillez surtout pas... Il foutrait le camp !

Rentré dans son cabinet, CLEMENCEAU appela le chef du personnel :

-       Pouvez-vous m'expliquer pourquoi, à 10 heures du matin, je n'ai trouvé dans les bureaux qu'un commis,  complètement ahuri d'ailleurs, un garçon de bureau et un dormeur ?

-       Ces messieurs ont fait, hier, des heures supplémentaires, ils sont sans doute...

-       Quoi, sans doute ? Vous n'êtes pas sûr ?

-       Ils sont arrivés plus tard...

-       On m'avait dit qu'ils étaient partis...
Le chef du personnel bredouilla :

-       C'est-à-dire que...

-       Vous bavez, Monsieur ! Écrivez : « Note de service:
MM. les fonctionnaires sont priés de ne pas partir avant d'être   arrivés. »  Signé   :   CLEMENCEAU. Affichez cela partout !

 

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III - Sur les militaires :

 

Tout le monde connait deux de ses maximes à l’encontre du militaire en général :

 

-La guerre est une chose trop grave pour la confier aux militaires ;

 

-Il suffit d’ajouter « militaire » à un mot pour lui faire perdre sa signification. Ainsi la justice militaire n’est pas la justice, la musique militaire n’est pas la musique.

 

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Il n'avait aucune sympathie pour Joffre dont il disait : « II ne suffit pas d'un képi galonné pour transformer un imbécile en homme intelligent. »

L'ayant trouvé à plusieurs reprises dormant dans son bureau, il l'avait surnommé « Le sommeil d'Austerlitz »...

 

 

 

 

 

 

 

             JOFFRE

 

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Il racontait à son secrétaire, MARTET, l’anecdote savoureuse suivante : « Vous connaissez Madame Cora LAPERCERIE ; c’est une comédienne bien en chair. Un jour, elle écrivit un livre qu'elle envoya à un romancier célèbre qui, en cette fin de 1915, aurait dû, normalement, être mobilisé. Le livre était ainsi dédicacé : « A M. X. qui pourrait porter un fusil. »

« L'écrivain en question lui envoya par retour du courrier un de ses ouvrages, avec cette dédicace qui m'enchante :

«A Madame Cora LAPERCERIE, qui pourrait porter un canon »... Le Tigre poursuivait :

« Mais dans cette guerre, ce sont tout de même les parlementaires qui furent les plus grotesques... Savez-vous ce que fit la Chambre pour montrer sa reconnaissance aux Poilus qui venaient de se battre pendant quatre ans ? Allait-on leur octroyer un titre, une décoration, une pension spéciale ? On en discuta âprement et quelqu'un - je ne sais plus quel obscur abruti - proposa finalement :

- Et si on leur laissait leur casque en souvenir ?

« Cette idée que j'aurais trouvée outrageante, moi, si j'avais été poilu et qui m'aurait conduit à renvoyer mon casque à l'Assemblée avec le mot de Cambronne en gros caractères, fut acceptée avec enthousiasme et à l'unanimité. Voilà ce que c'est, mon cher ami, qu'un troupeau de députés... Et vous voudriez que je sois pour le suffrage universel ?

 

                                              

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En conclusion, je dirai que CLEMENCEAU se définissait lui-même comme « un mélange d’anarchiste er de conservateur ». Citoyen autonome, polémiste sarcastique, républicain convaincu, athée farouche, adversaire déterminé de la colonisation, opposant politique impulsif, tribun charismatique, sa vie durant, il n’eût de cesse de lutter pour le bien commun et contre l’iniquité.

 

                             

                                                      

                                                       Statues de

         Georges CLEMENCEAU           et             Winston CHURCHILL

 

Il sauva la France en 1917 et, du même coup, le régime parlementaire de la IIIème République qui, à n’en pas douter, aurait été emporté an cas de défaite militaire. Winston CHURCHILL qui l’admirait joua le même rôle en Angleterre en 1940 à la différence de la France laquelle, en l’absence d’un CLEMENCEAU, connut un désastre sans précédent dans l’histoire. Au reste, le Général DE GAULLE rendait hommage à Georges CLEMENCEAU à LONDRES le 11 novembre 1941 en ces termes : « Vous n’avez pas crié « Vive le France  » pour rien ! – La France vivra et, au nom des Français, je jure qu’elle vivra victorieuse ? Quand la victoire sera gagnée, et que justice sera faite, les Français viendront vous le dire ».

Assemblée Générale des Palmes Académiques

Lycée du CASTEL,

DIJON, le 10 mars 2015

Robert MICHELIN

 
 


                                                          

 

 

 

 

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