LES CLIMATS

et

LE VIGNOBLE DE VOSNE-ROMANÉE

 

(texte présenté par notre Vice-Président, Max MORIN, selon la sortie qu'il a organisée en juin)

 

            Notre journée, initialement prévue le 4 juin, a dû être reportée d'une semaine car nous n'avions pas accès à l'Abbaye Saint-Vivant où la Société de la Romanée Conti, propriétaire des biens, organisait une réunion internationale. Nous nous en excusons car ce contre-temps, doublé d'une météo incertaine, a réduit considérablement nos effectifs. Par ailleurs, l'emploi du temps de Monsieur Pierre CHABIN ne lui a plus permis d'être des nôtres, ce qui nous fait d'autant plus déplorer ce changement, car nous avions organisé cette sortie, suite à sa conférence sur les climats de Bourgogne.

 

 

Premier volet du triptyque de la journée : la visite des terroirs

 

            La vigne en Bourgogne, importée par les Romains (d'où le nom de Romanée), a connu un développement important sous l'autorité des évêques de Langres et d'Autun. Aux côtés des évêques, les Ducs de Bourgogne ont accompagné ce développement. C'est ainsi qu'une ordonnance de Philippe Le Hardi, en 1395, a imposé la plantation de pinot noir aux dépens du gamay.

            La notion de "climat" apparaît sur un acte de 1584. Dans la Gazette des Climats, on peut lire la définition suivante : "Les climats sont des parcelles de vignes, précisément délimitées, sur les pentes de la côte. Elles se distinguent les unes des autres par leurs conditions naturelles spécifiques (géologie, exposition, altitude, latitude, cépage) qui ont été façonnées par le travail de l'homme".

Le schéma ci-dessous, emprunté au Professeur Pierre RAT, résume les différents éléments constitutifs du climat :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le talus viticole est composé de la dégradation et des éboulis de la grande faille qui borde le fossé bressan  de Dijon à Chagny, en constituant des sols drainants. La vigne, par ses racines profondes, va chercher sa subsistance jusqu'à la roche-mère, souvent le comblanchien.

 

            A Vosne, altitude entre 250 et 310 mètres, l'orientation Est-Sud Est, face au soleil levant, fait bénéficier la vigne d'un ensoleillement prolongé.

La roche-mère qui supporte les Premiers et les Grands Crus de Comblanchien jusqu'aux Musigny est le calcaire de Premeaux. C'est une belle roche rouge qui a été exploitée jusqu'à la dernière guerre. Sa couleur est due à des oxydes de fer ainsi qu'à la présence d'algues et de fossiles de coquillages.

            Notre rapide visite du village nous surprend par l'opulence de beaucoup de constructions, véritables petits châteaux. Nous passons devant la discrète résidence historique de la Romanée-Conti.

Du pied de la Tâche, nous observons la situation des Grands Crus de Vosne, au bas du talus, sur un espace assez restreint : les climats sont des micro-terroirs qui ne coïncident pas avec les parcelles. Par exemple, le Clos Vougeot (entre 50 et 59 ha) comprend plusieurs climats : les caractéristiques sont différents suivant l'emplacement de la parcelle cultivée par plus de 80 propriétaires. La partie supérieure du Clos jouxte le Grand Cru "Grands Echezeaux", tandis que la partie basse borde la route D974 au-delà de laquelle on classe, en appellation générique, en Bourgogne pinot noir… Forcément, ce n'est pas le même vin ! (voir la carte, ci-après).

Notre promenade débute au vendangeoir des Moines de Saint-Vivant, nouveau siège de la Romanée Conti. Ce vendangeoir permettait de recueillir la récolte, de procéder au pressage des raisins dont le jus était ensuite transporté, par le chemin que nous allons emprunter, jusqu'aux celliers de l'Abbaye de Saint-Vivant.

Par un chemin montant, nous traversons les 6 grands crus de la localité (on compte 31 Grands Crus rouges en Côte de Nuits-Corton, seul Grand Cru rouge de la Côte de Beaune) :

  Romanée Saint-Vivant : 8,71 ha

  Richebourgs : 8,06 ha

  Tâche : 6,06 ha

  Romanée Conti ; 1,81 ha (qui produit le vin le plus cher du monde)

  Grande Rue : 1,65 ha

  Romanée : 0,85 ha ( le plus petit climat de Bourgogne).

Toutes ces excellentes vignes ont fait l'objet, en 1232, d'un don de la Duchesse de Bourgogne, Alix De VERGY aux moines de Saint-Vivant.

Le 18 juillet 1780, le Prince de CONTI a acquis la Romanée, ou tout au moins, la plus grande partie d'où le nom de la parcelle.

A la Révolution, les vignes et le monastère ont été vendus comme bien nationaux.

 

            Sous une petite averse, nous gravissons, ensuite, le raidillon qui mène au plateau en saluant, au passage, la monumentale croix en marbre de Bourgogne, récemment érigée pour honorer le Chemin des Moines de Saint-Vivant. Ce plateau calcaire recouvert de quelques bosquets et de friches a été déserté par la vigne après les ravages du phylloxera vers 1860. La vigne a fait place à des cultures de framboises et de cassis ; ce qui explique la présence d'un distillateur-liquoriste à Concœur.

Au passage, nous rendons visite à une lavière dont la production servait initialement à couvrir les maisons, puis par la suite, à construire des cadoles (dans les Côtes de Nuits) ou des cabotes (dans les Côtes de Beaune) vendues sur palettes à des particuliers ou à des communes qui les utilisaient pour orner les ronds points routiers (exemple à Corcelles les Monts).

            Après ce replat, le chemin des Moines, pas toujours très bien balisé, monte vers le plateau de Mantuan, en  passant devant le centre aéré de Nuits.

La pluie ayant cessé, nous pouvons tranquillement procéder à une herborisation qui nous fait découvrir une flore riche et variée :

            - flore alpine au Nord : présence de lys martagon ,

            - flore méditerranéenne de l'autre côté du plateau : présence de tapis de serpolet.

La faune, quant à elle, s'est imposée d'elle-même à nos regards :

            - une biche affolée a traversé le chemin, à quelques mètres de nous,

            - plus loin, un chevreuil, curieux, a pris le temps de nous dévisager,

            - plus loin encore, un bruit de branches cassées nous a fait penser à un sanglier…

 

            Arrivés à un petit col portant le nom poétique et évocateur de "Pique-Choses", parce qu'autrefois obstrué par un foisonnement de houx épineux, nous commençons la descente vers Segros et le Val de Vergy. Notre sentier est bordé de nombreuses sources qui arrosent le versant. Elles émaneraient d'un lac souterrain qui, selon la légende locale, serait habité par le diable, organisateur de sabbats avec des fées habitant Les Trous Légers de La Serrée.

La montée vers Curtil se fait sous une nouvelle averse et nous arrivons au point de repli que nous avions prévu pour le pique-nique : le lavoir, fraîchement restauré. Nous y retrouvons notre Président, Bernard DECARIS, privé de notre belle balade matinale car pris par une importante réunion qu'il devait assurer en tant qu'élu municipal. Venu pour partager le repas avec les 5 courageux marcheurs que nous étions, il s'était, judicieusement, muni de quelques flacons de Chablis pour nous prouver que tous les climats de Bourgogne n'étaient pas forcément situés en Côte d'Or !!!

Après ce pique-nique revigorant, il nous restait à gravir la butte de Vergy pour rejoindre, sur le parking de l'église Saint-Saturnin, nos amis amopaliens, inscrits pour l'après-midi.

 

 

Deuxième volet du triptyque de la journée : la visite du site de Vergy

 

            A 14 heures, nous nous retrouvons à une petite vingtaine pour ouvrir le second volet de notre triptyque de la journée, à savoir la visite du site de Vergy sous la direction de Monsieur Benoît BACHELLEZ, Vice-Président de la Société d'Histoire et d'Archéologie du Pays de Vergy.

Notre approche du site débute par l'église Saint-Saturnin dont la construction remonte à la seconde moitié du XIème  siècle. "C'est la troisième église qui a été édifiée sur ce mont, après Saint-Vivant et Saint-Denis sur une distance de moins d'un km" dixit Bertrand Fromentin.  En majorité de style roman, cette église est composée d'une nef à bas-côtés qui a subi des modifications dès le XIIème siècle ; puis, au XIIIème siècle, le mur et les arcades qui séparent la nef du chœur sont construits. De nouvelles restaurations sont intervenues ces dernières années (toiture, enduits intérieur et extérieur, installation de vitraux).

            Ensuite, une longue promenade débute, sous le soleil, par l'approche de l'un des deux puits, détruits et comblés lors de la destruction de la forteresse. Puis, à l'extrémité Nord de la butte, une table d'orientation permet de porter nos regards au-delà de Chambœuf, vers la vallée de l'Ouche où passait l'antique route de l'étain.

Continuant notre chemin, après avoir franchi l'emplacement de deux portes dont une à pont levis, nous entrons dans le domaine du Sire de Vergy avec son donjon, son puits, sa prison, ses écuries, ses tours de défense etc, etc...

Il nous faut toutes les explications et toute la persuasion de notre guide pour nous faire imaginer ce qu'était la forteresse.

Plus loin, en suivant une crête étroite, nous surplombons le Val de Vergy et la Vallée du Meuzin par des a-pics impressionnants. Nous comprenons mieux pourquoi cette forteresse était réputée inexpugnable. Même à l'époque où le puissant Duc de Bourgogne était craint par le roi de France, il n'a jamais attaqué frontalement Vergy. L'intégration de la maison de Vergy à la Bourgogne s'est faite pacifiquement par le mariage d'Alix de Vergy avec  EUDES III.

Après avoir franchi une porte, nous déambulons  dans une zone cultivée qui servait à nourrir la garnison et à accueillir la population en cas d'attaque.

Nous descendons, alors, vers l'abbaye Saint-Vivant dont la construction, entre 814 et 916, est due au comte MENESSES, premier seigneur de Vergy et à son frère, évêque d'Autun. Cette abbaye, placée sous la protection de la forteresse de Vergy, fut rattachée à Saint-Bénigne de Dijon puis à Cluny.

Saint-Vivant a été vendue comme bien national, à la Révolution. Elle a été rachetée, en 1796, par le maître de forge MOLLERAT qui a fait démolir une grande partie du monastère à l'exception de l'église prieuriale. Ce qui reste de l'abbaye a été acheté par G.F.A. de la Romanée Saint-Vivant et fait l'objet d'une rénovation permanente. Notre guide précise qu'il s'agit bien de travaux conservatoires et non d'une restauration à l'identique. Des travaux gigantesques ont été entrepris pour suppléer les voûtes écroulées en créant une terrasse végétalisée qui protège deux étages de caves et de celliers.

            En 1033, le sire de Vergy, HUMBERT dit HEZELIN, garde la collégiale Saint-Denis dont il ne reste qu'une tour que nous voyons en terminant notre visite.

"La disparition de la forteresse, du Chapitre Saint-Denis ramené à Nuits, puis la vente de l'Abbaye Saint-Vivant comme bien national à la Révolution, annoncèrent l'abandon du bourg de Vergy dont il ne subsiste que l'église Saint-Saturnin"dixit Bernard COUDIN.

 

            Nous remercions vivement notre guide, Monsieur BACHELLEZ qui a bien voulu nous consacrer plus de 3 heures de son temps ainsi que tous les bénévoles de la S.H.A.P.V. qui œuvrent pour qu'une partie importante du patrimoine bourguignon ne soit pas oublié.

 

Nous remercions également, Monsieur AUBERT DE VILLAINE, co-gérant du Domaine de la Romanée-Conti et Président de l'Association pour le classement des Climats de Bourgogne au Patrimoine Mondial de l'UNESCO. Mécène du site de Vergy, il nous a permis de réaliser une sortie culturelle d'une rare qualité en visitant l'ensemble du site et les restaurations de Saint-Vivant.

 

 

Troisième volet du triptyque de la journée : la dégustation finale

 

            Après avoir garé nos voitures au parking Saint-Vincent, nous pénétrons dans les installations de Vincent et Thomas DUPASQUIER.  Les deux frères viennent de succéder à leurs parents André et Joëlle qui ont su,  à force de travail et d'attention, constituer un beau domaine portant sur Nuits mais aussi sur Pernand et Aloxe-Corton.

La large et généreuse dégustation qui nous a été offerte a permis d'apprécier toute la gamme des crus proposés à la vente tant dans les appellations Villages que dans les Premiers Crus, mais pas de Grands Crus. En effet, l'appellation Nuits Saint-Georges (Premeaux et Nuits), malgré 37 Premiers Crus, n'a pas bénéficié de l'attribution d'un Grand Cru, malgré aussi, la dépose sur la lune, le 31 mai 1969, d'un assortiment de bouteilles de Nuits ! (ou du moins les étiquettes !) et le baptême d'un "cratère Saint-Georges" par les astronautes d'Apollo IX !

Pas de Grand Cru, non plus, pour des appellations mondialement renommées telles BEAUNE, MEURSAULT, ou

POMMARD.

 

            On ne peut s'empêcher de penser qu'avec le classement des Climats de Bourgogne au Patrimoine Mondial de l'UNESCO, il ne serait que justice de revoir la classification établie au XIXème siècle...

 

            En toute connaissance de cause, les participants à cette belle journée ont pu, utilement, compléter leur cave. Ils se souviendront de l'itinéraire pour atteindre la cave des frères DUPASQUIER auxquels nous adressons nos vœux les plus chaleureux de belle prospérité et que nous remercions vivement de nous avoir permis de clôturer, si agréablement, cette belle sortie de l'AMOPA  Côte d'Or.

 

 


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