Assemblée Générale 2017

 

 

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                Madame Alena Vacek au cours de la conférence

 

 

Les duchesses de Bourgogne au temps des « Grands ducs d’Occident »

Pouvoir des femmes et femmes de pouvoir aux XIVe et XVe siècles à la Cour de Bourgogne.

 

 

Le prestige des ducs de Bourgogne reste immense, mais la construction et la gestion d’un ensemble territorial à l’ampleur sans cesse croissante, n’auraient jamais pu se faire sans l’appui de leurs épouses, dont le rôle est resté longtemps dans l’ombre.

La conférence donne un éclairage sur le rôle politique et sur la place à la Cour de ces femmes aux destins exceptionnels que sont : Marguerite de Flandre, Marguerite de Bavière, Isabelle de Portugal, Marguerite d’York et Marie de Bourgogne.

 

Marguerite de Flandre

Philippe le Hardi se servait de sa femme pour arriver à ses fins quand il s’agissait de négociations difficiles avec les Flamands. Marguerite, bien que longtemps éloignée de ses sujets par ses devoirs de représentation en Bourgogne, demeurait leur princesse naturelle, celle avec laquelle ils pouvaient négocier, dans leur propre langue. Marguerite est donc associée de multiples façons au gouvernement de son mari, elle est à l’écoute de ses volontés et de ses ordres dans les affaires de famille et d’État et elle lui sert d’intermédiaire auprès des sujets.

Marguerite de Bavière

Occupé ailleurs, à plein temps ou presque, le duc Jean sans Peur se reposa, de 1409 à sa mort, pour la gestion de ses principautés méridionales, sur son épouse, Marguerite de Bavière, en laquelle il semble avoir placé toute cette confiance qui s’exprime au travers de ce qui apparaît comme de véritables délégations de pouvoir ou une sorte d’arrangement tacite. Marguerite, dont les actes ne manquent pas de signifier qu’elle détient, en l’absence de son époux, le gouvernement des pays dont elle est la duchesse sait faire en sorte que son bon plaisir soit respecté. Elle exerce personnellement d’amples pouvoirs sur les terres dont elle avait reçu la charge et multiplie les décisions principalement à caractère militaire et administratif, sous-tendues par le contexte politique du moment.

À n’en pas douter, Marguerite de Bourgogne se situe parfaitement à sa place dans ce processus de développement du pouvoir au féminin, au sein de la Bourgogne du XVe siècle, entre une Marguerite de Male, dont l’implication dans les affaires de l’État fut réelle, bien que limitée, et une Isabelle de Portugal, qui, à certains moments, incarne une gouvernance très proche de celle d’une princesse consorte.

Isabelle de Portugal

Isabelle de Portugal a partagé le pouvoir avec Philippe le Bon pour le gouvernement de l'Etat bourguignon, ce qui lui donne une place particulière dans l'histoire des femmes. Tout en ne cherchant pas à conduire une politique qui aurait été différente de celle de son mari, elle a exercé ce pouvoir de façon très personnelle, et en permanence, pendant toutes les années qui ont été celles de l'accroissement et du renforcement de la principauté. Durant ce long temps elle s'est consacrée aux questions financières que négligeait le duc, et elle a pris la responsabilité de grandes missions d'ambassade pour défendre les intérêts de la Bourgogne et promouvoir la paix. En fille de roi elle a ainsi manifesté en ce milieu du XVe siècle un sens élevé de l'Etat, allié à une conscience aiguë du prestige de la principauté bourguignonne, auquel elle a d'ailleurs largement contribué.

Marguerite d’York

Après le désastre de Nancy elle engagera toute son énergie pour sauver l’héritage bourguignon. Elle aura un rôle moteur dans la concrétisation du mariage de Marie avec Maximilien, restera la conseillère du jeune couple et éducatrice de leurs enfants et petits-enfants.

C’est à la pugnacité de la duchesse que l’Etat bourguignon doit, pour une large part, d’avoir maintenu son existence.

Par son énergie, son ardeur, son esprit politique, elle a pour une large part empêché la dislocation du pays et assuré la continuité de la politique bourguignonne. Au titre de duchesse douairière, elle ne détenait pas de pouvoir politique et n’intervenait pas officiellement dans les actes de l’Etat. L’influence qu’elle exerçait tenait à sa personnalité. Les grandes décisions pendant la régence de Maximilien et le règne de Philippe le Beau se prennent à Malines où l’on consulte la duchesse douairière. Marguerite d’York a donc marqué toute la politique du pays durant le dernier quart du 15e siècle.

 

Marie de Bourgogne

Énergique et courageuse, pleinement consciente de sa position, de ses droits et de ses responsabilités, elle se montra gouvernante habile qui savait imposer sa volonté aussi bien que faire des concessions, selon la situation qui se présentait.

Elle voulait être vue comme détentrice du pouvoir plutôt que comme son dépositaire seulement. A cette fin, elle sut se forger une image publique bien particulière, elle sut l’utiliser et aussi la manipuler pour atteindre ses objectifs. À la suite de défis complexes et des atteintes à son autorité qu’elle dut affronter, elle trouva une série des réponses emblématiques visant à affirmer ses droits à la succession et à son héritage, à souligner son ascendance et à s’imposer en tant que gouvernante idéale.

Une étude ancrée dans l’iconographie et la littérature fait apparaître les stratégies représentatives menant à la création et puis à l’évolution de l’image publique de la duchesse. Marie de Bourgogne a mis un très grand soin à se forger une image de pouvoir. Force est de constater qu’elle y réussit brillamment, ayant créé – et cela dans le très court laps de temps que dura sa vie et son règne (cinq ans) – une panoplie de représentations plus diversifiée et plus importante que n’importe quelle autre femme de pouvoir (et même   certains hommes) qui l’ont précédée dans les contrées bourguignonnes.

En guise de synthèse, nous pouvons affirmer que toutes les duchesses du temps des ducs de Bourgogne de la dynastie des Valois ont contribué au gouvernement des Etats bourguignons. De par le système d’héritage plus large dans les Etats bourguignons (à défaut de fils, la fille succède au père et tout l’héritage lui revient) que dans le royaume de France, leur légitimité à hériter et régner leur assure une position que les délégations de pouvoir de leurs époux ne feront que conforter. Dans cette optique, Isabelle de Portugal et Marie de Bourgogne assumeront un rôle prépondérant sur le devant de la scène politique. La première partage le pouvoir avec Philippe le Bon sur les plans politiques, militaires et financiers et la seconde, conseillée par sa belle-mère Marguerite d’York, a su s’affirmer, avant son mariage avec Maximilien Ier de Habsbourg en tant que Dux (et non Ducissa) Burgondiae.

 

 Alena Vacek

Docteur ès Lettres modernes et guide-conférencière

 

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L’assistance écoute avec passion Madame Alena Vacek sur la vie des Duchesses de Bourgogne.

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Bernard Decaris  remercie chaleureusement Madame Alena Vacek.

Photos : Monique Thomas

   

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