Conférence d’automne

 

Conférence au Lycée Agricole de Quetigny, le mercredi 22 Novembre 2017, par

 

 Monsieur Robert VANDROUX,

Président d'AMOMA 21,

Commandeur du Mérite Agricole.

 

 

Le Mérite Agricole

ou

La Légion d'Honneur Agricole

 

 

 

Remontons aux origines et présentons d'abord la France paysanne de la III ͤ République. La France  compte, alors, une population de 36 millions de Français, exception faite des Alsaciens et des Lorrains qui subissent l'annexion de leur territoire. Le monde rural représente 25 millions d'habitants dont 18 millions vivent de l'agriculture. Cela démontre tout l'intérêt qui est porté à cette "industrie" par les gouvernements de l'époque : "Il faut faire chausser aux paysans les sabots de la République car lorsqu'ils les auront chaussés, la République sera invincible !"

De grandes manœuvres vont  commencer pour le désenclavement des campagnes par :

  le développement des voies de communication : chemins vicinaux, chemins de fer,

  la loi de 1882, élection au suffrage universel des maires et conseillers municipaux,

  la création, en 1884, des syndicats professionnels,

  la création, en 1894, des caisses de crédit agricole,

  la loi, en 1910, sur les retraites agricoles,

  la loi sur la protection douanière,

  etc, etc

Un homme va profondément marquer cette époque de notre vie : Jules MÉLINE. (1838-1925).

Né à Remiremont dans les Vosges, le 20 mai 1838, avocat de formation, il a participé à la vie publique ; il fut notamment trois fois Ministre de l'Agriculture de 1883 à 1885 et  sera Président du Conseil de 1896 à 1898.

Conscience est prise, au début de la III ͤ République, que les contingents annuels de la Légion d'Honneur ne suffisent plus à récompenser les services rendus à l'Agriculture ; l'idée vient, alors, de créer une décoration spécifique comme "une Légion d'Honneur Agricole" reconnaissant les mérites acquis en ce domaine, en Métropole et dans les Territoires d'Outre-Mer.

 

            Création du Mérite Agricole :

Dès le 21 février 1883, Jules MÉLINE, alors Ministre de l'Agriculture, déclarait : "Je suis convaincu que le gouvernement peut beaucoup pour soulager l'agriculture, l'aider et lui rendre courage".

Suite à un rapport adressé au Président de la République, Jules GRÉVY, il décida d'honorer le savoir agricole en créant, par décret du 7 juillet 1883, l'ordre du Mérite Agricole et le grade de Chevalier.

 

            Évolution du Mérite Agricole :

Par décret du 18 juin 1887 et sous l'impulsion de François BARBE, ministre de l'Agriculture, le grade d'Officier du Mérite Agricole est créé.

Puis, par décret en date du 3 août 1900, le grade de Commandeur est créé par le nouveau ministre de l'Agriculture, Jean DUPUY, qui fait le constat suivant : "Le succès du Mérite Agricole a grandi avec notre activité agricole elle-même. Cette décoration est devenue un insigne recherché dont le prix est incontesté". Et d'ajouter : "il suffira, pour en indiquer la valeur, de dire qu'elle n'est pas sollicitée par l'agriculteur ou le viticulteur exploitant, non plus  par le grand propriétaire foncier, par le publiciste, l'administrateur ou le savant qui, tous, à des titres divers, concourent à la prospérité de notre production rurale".

 

            Les premières promotions :

Pour l'année 1883, date de création, il y a eu 84 décorés dont :

  un Bourguignon , (dans l'Yonne) à la première promotion du 17 juillet 1883,

  Louis Pasteur, à la deuxième promotion du 31 décembre 1883.

 

La promotion de 1884 récompense, notamment, deux femmes agricultrices :

  l'une, dans le Finistère,

  l'autre, dans la Vienne, agricultrice et auteure d'ouvrages d'économie rurale.

 

            Le Mérite Agricole et la caricature :

Lors de sa création, le grand public et les journalistes cherchèrent à tourner en dérision la "nouvelle décoration des champs" et lui infligèrent le sobriquet de "Poireau" qui lui restera. Ce qui perdure et ne manque pas de faire sourire le public d'aujourd'hui ; tout cela, bien sûr, en gardant un brin d'humour.

 

            Le Mérite Agricole et la V ͤ République :

Le décret du 15 juin 1959 porte sur la revalorisation de la notion de décoration.

A ce stade, le conférencier a jugé utile de démontrer la fausseté de certains jugements hâtifs qui tendraient à déconsidérer injustement la décoration principale de l'agriculture dont certains mettent un point de coquetterie à se moquer tant qu'ils ne l'ont pas obtenue et même parfois après … !

Chaque candidature fait l'objet d'une enquête rigoureuse, souvent éliminatoire pour des motifs d'insuffisance de titres. En effet, il est faux de croire qu'en augmentant le nombre de décorés, on augmente, du même coup, celui des satisfaits ; alors qu'en réalité, on multiplie celui des déçus qui deviennent des dépréciateurs hargneux ou des détracteurs systématiques. C'est cette inflation qui a fait le plus grand mal au Mérite Agricole, dans le passé.

 

En 1959, fut décidée une réforme de l'ordre du Mérite Agricole, participant au mouvement de revalorisation de la notion de décoration dont l'aboutissement devait être la création, en 1963, de l'ordre National du Mérite, second ordre national, unique dans son principe mais diversifié dans son attribution.

Le décret du 3 décembre 1963 portant création de l'Ordre National du Mérite supprime 14 ordres ministériels ainsi que 3 ordres de la France d'Outre-Mer. Néanmoins, il laisse subsister : les Palmes Académiques, le Mérite Agricole, le Mérite Maritime en raison de leur ancienneté et de leurs caractères propres ainsi que l'ordre des Arts et Lettres en raison du prestige particulier que lui confère la qualité éminente des personnes nommées depuis sa création, le 2 mai 1957.

Tout comme Jules MÉLINE, le Général DE GAULLE avait conscience que l'agriculture, mère-nourrice de la planète, ne devait pas être exclue de la reconnaissance de la patrie.

 

            Le Mérite Agricole dans sa modernité :

Le Mérite Agricole est un titre purement honorifique, conféré par le Ministre de l'agriculture, qui consiste dans le droit de porter un insigne auquel correspond un grade dans l'ordre du Mérite Agricole (qui regroupe des titulaires dans différents grades), désignant, ainsi, son bénéficiaire à l'estime et à la considération publique.

Le Mérite Agricole est une décoration de type des Ordres Nationaux, à savoir une distinction personnelle donnée en raison de la personne "intuitu personæ". Il n'est donc décerné qu'au choix après que les titres des candidats aient été appréciés. Si certaines conditions préalables, notamment d'ancienneté, sont exigées pour son obtention, la réunion de ces conditions ne confère pas à elle seule un droit à l'obtenir. Le fait de ne pas obtenir la décoration ne constitue pas la violation d'un droit et ne peut donner lieu à un recours devant la juridiction administrative.

 

            Nominations et promotions contingentées :

Les nominations et les promotions ne peuvent être prononcées qu'en nombre limité annuellement. Le contingent représente le nombre total des nominations et promotions que le ministre de l'agriculture peut décider. Ce contingent a été réduit par le décret du 26 juin 2013. Si le nombre de commandeurs, 60, est resté le même depuis 1913, celui des chevaliers a été ramené de 3 200 à 2 400 et celui des officiers de 800 à 600.

Par contre, du fait de la diminution du nombre des exploitations agricoles, d'autres activités relevant de l'agriculture et de ses composantes ont été reconnues éligibles.

 

Chiffres des dernières promotions en Côte d'Or :

 

 

 

Chevaliers

 

Officiers

 

Commandeurs

 

Total

en 2013

 

23 dont 3 femmes

 

6 dont 0 femme

 

0

 

29

en 2014

 

19 dont 7 femmes

 

4 dont 2 femmes

 

0

 

23

en 2015

 

21 dont 4 femmes

 

7 dont 2 femmes

 

1 homme

 

29

en 2016

 

16 dont 7 femmes

 

7 dont 0 femmes

 

1 femme

 

24

 

            Les femmes, le Mérite Agricole et les guerres :

Ce n'est qu'après la première guerre mondiale que plusieurs promotions exceptionnelles honorent du Mérite Agricole femmes et hommes qui se sont consacrés à la défense du monde agricole.

Éternelles oubliées de l'Histoire des guerres, les femmes, cependant, montrent, encore une fois, leur rôle essentiel pendant la seconde guerre mondiale. Nombreuses à résister, nombreuses à travailler et à suppléer l'absence des hommes dans les tâches agricoles, elles ont mérité la reconnaissance de la Nation. Mais, n'oublions pas celles qui, dans d'autres professions, ont, elles aussi, apporté un concours précieux voire inestimable à la juste cause.

Lors de l'Assemblée Générale de l'AMOMA nationale, en 2016, à Verdun sur Meuse, une stèle a été inaugurée en hommage aux femmes, reconnaissant leur rôle joué au cours des deux dernières guerres.

Actuellement, l'évolution des structures et  le rôle de plus en plus important des femmes dans la société font que celles-ci sont de plus en plus nombreuses à être proposées pour recevoir cette prestigieuse décoration. Cependant, la parité hommes/femmes, face à la spécificité du monde agricole en général, mettra encore un certain nombre d'années avant de se réaliser pleinement.

 

            Organisation de l'Ordre du Mérite Agricole :

Il est constitué auprès du Ministre de l'Agriculture un Conseil de l'Ordre du Mérite Agricole dont les membres sont de droit Commandeurs du Mérite Agricole.

La composition de l'Ordre a été modifiée par le décret du 26 juin 2013 et comprend :

  le Ministre de l'Agriculture : Président,

  un membre du Conseil de l'Ordre de la Légion d'Honneur nommé par le Ministre de l'Agriculture sur proposition du Grand Chancelier de la Légion d'Honneur,

  le Directeur du Cabinet du Ministre de l'Agriculture,

  le Vice-Président du Conseil Général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux,

  le Secrétaire Général du ministère chargé de l'agriculture,

  Quatre Directeurs Généraux ou Directeurs du Ministère de l'Agriculture,

  Huit personnalités choisies parmi les notabilités du Mérite Agricole ayant le grade de Commandeur.

Le Chef du bureau du Cabinet du Ministre de l'Agriculture assure le secrétariat du Conseil de l'Ordre.

 

            L'AMOMA Nationale :

L'AMOMA Nationale a été créée le 5 juin 1992. C'est la seule association reconnue par l’État. Son siège est à Paris, au Ministère de l'Agriculture.

A l'origine, le but du National était de regrouper au plan départemental des sections, simples composantes administratives de l'organe central. Le souci légitime de conforter la notoriété institutionnelle de l'AMOMA a méconnu d'autres aspects très importants, notamment d'ordre juridique et financier, car  influençant notablement la vie des sections. Très vite, une révision statutaire s'est imposée autorisant les sections à se constituer en associations déclarées sous le régime de la loi du 1 ͤʳ juillet 1901.

Une telle mutation était cependant accompagnée de l'obligation de se conformer aux statuts types établis par le National. De par leur déclaration en préfecture, les sections sont devenues des associations juridiquement souveraines.

L'AMOMA Nationale compte, à ce jour, 71 associations départementales regroupant 5 000 adhérents. Ses objectifs sont à la fois simples et généraux : concourir au prestige de l'ordre ; œuvrer en vue de l'utilité publique ; organiser des manifestations à caractère culturel ; instituer des œuvres d'entraide, de solidarité et d'intérêt général ; perpétrer le souvenir des membres de l'Ordre et servir leur mémoire ; instaurer entre ses membres des relations amicales, des lieux d'estime et de solidarité.

Sa devise est "Honneur et Agriculture".

 

            L'AMOMA 21 :

Notre association départementale AMOMA 21 a été créée en septembre 2005. Ses 200 adhérents (chiffre de 2017) la placent parmi les cinq premières de France.

Nos statuts nous donnant la possibilité de choisir les actions qui nous semblent judicieuses de mener, nous avons décidé :

  d'apporter une aide à la banque alimentaire,

  de participer à la remise de récompenses sous forme de livres à 2 ou 3 lauréats ou lauréates des concours organisés par les Palmes Académiques, section 21, pour la défense de la langue française,

  de mettre à disposition des membres de notre association aux lycées agricoles qui le souhaitent ainsi qu'au CFA de la Noue et aux maisons familiales rurales,

  de signer une convention, dans le cadre de partenariat, avec les entrepreneuriales pour mettre à disposition certains de nos membres et délivrer, éventuellement, une aide financière.

 

 

            Conclusion :

Monsieur Vandroux termine sa conférence espérant avoir apporté, à son auditoire, une meilleure connaissance de l'Ordre du Mérite Agricole et se prête volontiers aux questions de l'assistance attentive et intéressée...

Puis, Monsieur le Président de l'AMOPA 21 le remercie, au nom de toute l'assemblée, pour cette brillante intervention. 

 

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