FLORILEGE 2016-2017

 

Nouvel élève

 

C’était le 3 janvier 2017, le jour de la rentrée. Un nouvel élève venait d’arriver dans notre classe. Il a pleuré. C’était normal car moi aussi j’aurais pleuré à sa place. Il s’appelle Paul, il est très sympa. Pour en faire un ami, je l’ai aidé à ramasser ses feuilles qu’il avait fait tomber par terre. Il m’a remercié, et on est devenus copains. On s’amuse tous les jours ensemble, même en classe. Le maître nous dit tout le temps de nous taire, mais on ne se tait jamais. Quand Paul ne comprenait pas un exercice, c’était des mathématiques, et puisque je suis fort en maths donc je l’ai aidé, je lui ai expliqué c’est normal, c’est mon copain ! Une fois à la récré, on jouait et mon meilleur ami est tombé et s’est fait mal. Donc je suis parti lui chercher une poche de glace. Tout de suite après, il allait mieux. Paul a 9 ans comme moi. Je l’ai invité à mon anniversaire et il m’a offert une PS4. J’étais heureux ! Et moi aussi j’ai été invité à son anniversaire. Je lui ai offert un overboard, il était très content. Et le lendemain j’ai présenté Paul à mes copains des autres classes. J’avais la boule au ventre parce que je ne savais pas comment allaient réagir mes amis, mais ils l’ont accueilli comme il se doit et maintenant on ne joue plus à deux mais à sept personnes ! Bon, parfois, on se dispute mais on se réconcilie très rapidement. Paul vient régulièrement chez moi pour jouer à la PS4. Et pendant les vacances on est partis à Disneyland Paris et après, devant la tour Eiffel. On s’est trop bien amusés ! Paul a même dormi chez moi cinq jours et j’ai aussi dormi chez lui, mais plus d’une semaine ! Vraiment, Paul est trop gentil ! Je ne pouvais pas rêver mieux que d’avoir un copain aussi gentil. Voilà ce que c’est que d’être ami avec un nouvel élève de la classe.

 

 

 

Djibril ÉDDAHBI

1erprix « Prix d’expression écrite », classe de CM1

Ecole primaire d’application Trémouille

18 boulevard de la Trémouille

21000 DIJON

Professeur : monsieur FEMENIAS

 

 

 

 

 

Nouvel élève

 

Aujourd’hui un nouvel élève vient d’arriver dans l’école. Je lui demande : « Bonjour, comment t’appelles-tu ? » Mais il ne me répond pas. Je vais chercher mes amies pour qu’elles jouent avec lui et moi. Nous lui posons des questions mais il ne répond pas. Je dis à mes camarades :

« Allez, la récréation va se terminer, il faut se dépêcher. » Je vais lui redemander : « Comment t’appelles-tu ? » « Paul » dit-il. « Tu veux jouer avec nous ? » dit mon amie Clarysse. Paul hausse les épaules. La maîtresse frappe dans ses mains pour rentrer en classe. « Paul, veux-tu te mettre en rang avec moi ? » « Yes » répond Paul. Nous entrons en classe. Je suis à deux tables de lui, je voudrais lui parler. Mais la maîtresse va me voir. C’est la récréation, je vais retenter ma chance. Nous faisons une ronde avec mes amies. « J’ai l’impression que Paul est anglais car il dit yes dit Lilou. » « Mais oui, c’est vrai ça. » « Cela explique beaucoup de choses. C’est pour ça qu’il ne parle pas beaucoup ! » s’exclame Clarysse.

« Peut-être » répond Lilou. « Vite il faut aller le voir ! » dit Lilou. Nous courons jusqu’à lui, la cour est très grande. « Enfin ! » s’écrie Clarysse. « Nous sommes désolées de t’avoir considéré comme ça ; Clarysse, Lilou et moi croyons que tu venais d’ici. « Ce n’est pas grave » répond le garçon. « Mais tu nous as parlé en français » s’écrie Lilou. « Mais tu n’es pas anglais ? » questionne Clarysse. « Yes » répond Paul.

 « Mais je parle aussi en français » « Ah !!! » disons nous tous en chœur. « Veux-tu être notre ami ? » « Oui » dit Paul en rigolant. « Tu verras il y a beaucoup de bonnes personnes ici ».

 

Nine CUNIN

2ème prix ex-aequo

« Prix d’expression écrite », classe de CM1 Ecole primaire

22 rue du bois

21110 THOREY-EN-PLAINE

Professeure : madame THIERRY

 

 

 

 

Nouvel élève

 

Il s’appelait Michaël, il avait 9 ans comme moi. Il était arrivé le 1er septembre 2016. Avec mes copines, nous avons décidé par exemple, s’il n’arrive pas à faire un exercice, de lui expliquer. Et aussi, je l’aide à supporter les autres qui ne veulent pas de lui. Ensuite, à la récré, comme il n’avait pas de copain, j’ai décidé d’aller lui demander s’il voulait jouer à loup-touche-touche (il faut toucher l’autre). Et comme il a dit oui, alors on a joué. Et le lendemain, il s’est fait des copains. Alors je suis partie avec mes amies ! Le jour d’après, il y a eu une dispute entre lui et un autre camarade. Michaël pleurait, alors je suis partie le voir : j’ai essayé de les réconcilier. Je l’ai aidé à trouver d’autres copains, et ensuite je l’ai laissé et je suis repartie avec mes amis. Quelques jours plus tard, il s’était fait de vrais amis. Il ne pensait même plus à moi. Alors j’ai dit « Ainsi va la vie » et je suis repartie. Mais comme il était nul en foot, la bande l’a rejeté. Alors encore une fois, je suis allée jouer avec lui. Le lendemain, comme il ne trouvait vraiment pas de copains, je lui ai proposé qu’on devienne amis. Et au bout de trois mois, comme mes parents trouvaient que je m’amusais bien avec lui, le soir il a dormi à la maison. Comme ça s’est super bien passé, mes parents ont réservé un hôtel à New-York et aussi l’avion. Désormais mes parents et ses parents se connaissent. Michaël est donc venu. Tous les soirs, il pleurait un peu mais ça s’est super bien passé ! C’est comme ça qu’on est devenus meilleurs amis.

Louise RIVA

2ème prix ex-aequo

« Prix d’expression écrite », classe de CM1

Ecole primaire d’application Trémouille

18 boulevard de la Trémouille

21000 DIJON

Professeur : monsieur FEMENIAS

 

 

 

Nouvel élève

 

 

Aujourd’hui je reviens de vacances. Elles ont été fastueuses. Je suis partie dans mon pays natal : au Maroc. Maintenant je suis impatiente de retourner à l’école revoir mon enseignante hors du commun. C’est dans une semaine. Je vais enfin pouvoir raconter à mes amis les vacances inoubliables que j’ai passées. J’espère que ça leur plaira… Formidable, c’est la rentrée ! Je mets mes plus beaux habits et je prends mon petit déjeuner. Mon papa m’emmène à l’école en voiture. Je suis certaine que ce sera une journée miraculeuse. J’exulte de joie. « Coucou Emmie, coucou Maéline ! » m’exclamè-je. « Bonjour ! » me répondirent-elles en chœur. Je demande : « Comment se sont passées vos vacances ? » « Très bien ! » annoncent Emmie et Maéline. « Les miennes aussi ont été pittoresques et se sont magnifiquement bien déroulées !!! » Pendant que je racontais mes fameuses vacances à mes amis, j’entrevis une personne méconnue. Un enfant pour être plus précise. Peut-être un élève, c’est un garçon qu’auparavant je n’avais jamais aperçu dans l’enceinte de l’école. Je m’approche peu à peu vers l’individu étrange. Je l’aperçois, il a l’air très gêné. Je le questionne : « Bonjour, comment t’appelles-tu ? » Ma question reste sans réponse ! Le garçon est certainement timide, peut-être même subjugué par sa nouvelle vie ? « Moi Rayan » me répondit-il. Je suis bouche bée et je montre les gros yeux mais je continue ma conversation. « Tu veux jouer avec nous ? » D’un hochement de tête il me montre qu’il est d’accord. « Alors à quoi aimes-tu jouer : la marelle, le handball ou le football ? » Il me pointe du doigt le football. « Viens t’amuser si tu le souhaites ? » Il suit mes amis et moi. Je me demande s’il n’est pas d’origine étrangère. Je trouve qu’il est performant dans le domaine du football. Il m’interrompt : « Moi jouer souvent à ce sport » Je lui pose la question décisive : « As-tu une origine particulière ? » « Oui » s’exclame-t-il. Je lui demande : « Laquelle ? » À ma grande surprise il répond qu’il est marocain ! Je suis stupéfaite ! Je lui pose la question cruciale : « Rayan, veux-tu être mon ami ? » Il hurle de joie : « Oui !!! » Il n’avait jamais eu d’amis avant.

Morale : Et voilà pourquoi l’amitié est quelque chose que tout le monde mérite, qu’on soit méchant ou gentil, religieux ou pas… L’amitié ne s’achète pas quelles qu’en soient les conséquences, c’est une chose que toutes les personnes du monde doivent avoir en commun. Comme ce le fut pour Rayan !

 

Inès EZ-ZOUBI

1er prix ex-aequo

 « Prix d’expression écrite », classe de CM2

Ecole primaire

22 rue du bois

21110 THOREY-EN-PLAINE

Professeure : madame THIERRY

 

 

 

 

 

 

 

Nouvel élève

 

Ce matin, dans la cour de récréation, les élèves de Mme Martin sont empressés de faire connaissance avec le nouvel élève. La maîtresse les avait informés la semaine précédente. « Où est-il ? » questionne Flora. « De qui parles-tu ? » interroge la maîtresse. « Du nouvel élève » explique Charly. « Mais si, regarde » dit Flora, « il est ici ». La maîtresse regarda dans la direction et finit par l’apercevoir. Il était très intimidé par tout ce qui l’entourait. Les élèves, intrigués par ce garçon, se précipitèrent vers celui-ci. « Bonjour, je m’appelle Charly » informe l’un d’entre eux. « Et moi, Flora » renchérit sa camarade. « Bienvenue dans notre classe » proclame Flora. Le petit garçon reste muet… Quelques minutes plus tard, il s’enhardit à prononcer quelques mots : « Je ne parle pas bien français ». Les élèves comprirent qu’il ne maîtrisait pas la langue de Molière. Au fil du temps, grâce à la gentillesse des élèves, le garçon réussit à s’exprimer. La maîtresse demande aux élèves de faire de leur mieux pour intégrer le nouveau venu dans la classe. Un jour, à la récréation, le garçonnet finit par consentir de raconter son histoire : « Je demeurais en Chine dans des ruelles désordonnées remplies de mendiants faméliques. La population engendrait une pollution incroyable. L’or noir se répandait dans tout le pays. Mes parents n’ont pas de profession et ne possèdent pas beaucoup d’argent ». « Tu as été courageux » réplique Charly. Les élèves, touchés par les paroles de l’enfant, partagent à leur tour des histoires drôles qui se sont passées auparavant dans la classe, ce qui fait beaucoup rire leur camarade. La discussion achevée, les élèves rentrent en classe. La maîtresse les félicite pour leur accueil très gentil. Elle félicite également le jeune garçon qui s’est adapté rapidement à la vie en France. Après cette période d’adaptation, notre nouvel ami est prêt à découvrir un nouveau monde.

 

Charline MEYER

1er prix ex-aequo

 « Prix d’expression écrite », classe de CM2

Ecole primaire

22 rue du bois

21110 THOREY-EN-PLAINE

Professeure : madame THIERRY

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ma Nouvelle-Zélande

Moi, je rêve d’aller en Nouvelle-Zélande. J’adore ce pays pour ses paysages époustouflants, pour l’océan et surtout pour les activités que l’on peut faire. J’aimerais voir le haka des All Blacks : cela doit être impressionnant ! Je pourrais manger des spécialités comme la vegemite, elle est faite à base de levure de bière, ça se mange au petit déjeuner. Je pourrais m’allonger au soleil avec, comme seul bruit, les vagues. Je marcherais sur le sable blanc pieds nus. J’irais nager dans l’océan turquoise. Je laisserais mes vêtements chauds en hiver, pour me promener à jamais en été en paréo, seule sur la plage. Mes cheveux seront au vent, quelle joie ! Je nagerais en compagnie des dauphins à Akaroa. Je n’aurais plus aucun problème. Je pourrais faire ce qui me plaît. Je verrais des animaux mignons et gentils, d’autres effrayants et dangereux. Ma famille sera peut-être loin de moi, mais je penserais toujours à eux. J’écouterais les oiseaux chanter.

Je marcherais sur les traces des acteurs du Seigneur des anneaux. Je vivrais heureuse. Je pourrais grimper au sommet du Tāne Mahuta (le plus grand arbre du monde !). Je sauterais des falaises les plus hautes pour atterrir dans l’eau bleue. Je pourrais élever des kiwis (animaux) et peut-être m’apprendront-ils à voler… ?

Je ferais éviter la pollution. Je serais photographe de la faune et la flore. Même si ce n’est qu’un rêve, eh bien, le fait de le rêver c’est déjà un voyage !

Elaïa MIGNON

1erprix « Prix d’expression écrite », classe de 6ème

Collège Champ-Lumière

23 rue de Villey

21260 SELONGEY

Professeure : madame FORQUET

 

 

 

La Thaïlande

 

Je rêve de voyager en Thaïlande. Ce pays se situe entre le golfe du Bengale et la mer des Philippines où l’eau est de couleur turquoise. Les grands massifs montagneux ressemblent à de grandes portes que l’on pousse pour entrer dans un autre monde !

Je vais découvrir les temples avec une architecture remarquable avec des ornements en or. Ce sont des monuments extraordinaires et majestueux qui m’impressionnent. Les temples donnent une ambiance de calme et de sérénité que je peux trouver.

La Thaïlande est réputée pour les massages. Je pourrais aussi m’informer sur la religion, le bouddhisme, qui se rapproche de la philosophie. Trouver et avoir une autre vie, d’autres envies sans contrainte, peut-être un véritable rêve qui peut se réaliser.

 

Eléonore APERT

2ème prix « Prix d’expression écrite », classe de 6ème

Collège Champ-Lumière

23 rue de Villey

21260 SELONGEY

Professeure : madame FORQUET

 

 

 

 

 

Aller dans l’espace

 

« Mesdames et messieurs, nous vous prions d’attacher vos ceintures, de mettre vos affaires sous vos pieds et de redresser vos sièges, nous allons décoller dans quelques minutes ».

C’est la première fois que je fais un si grand voyage et j’ai hâte d’atterrir. Je me penche pour attraper un magazine sur le dos du siège de devant : il date du 22 juin 2311 ! Ils feraient bien de renouveler leurs magazines… À peine le temps de rattacher ma combinaison que déjà le compte à rebours retentit dans une multitude de langues à la fois : trois… deux… un et soudain une explosion ! Ça y est, la fusée a décollé.

Nous passons devant la lune, la seule planète inhabitée de la première galaxie, ma galaxie. Les planètes défilent en dehors de mon hublot à une vitesse qui donne mal au cœur. Soudain, une lueur orangée inonde la fusée de lumière.

Tout le monde retient son souffle un centième de seconde… le soleil !

Trente minutes plus tard, nous avons traversé trois galaxies et nous atterrissons enfin sur Magic’Moon. Je rêve d’aller dans l’espace depuis si longtemps. Enfin, enfin mon rêve va se réaliser, je vais enfin poser le pied sur une autre planète que la mienne, la Terre, et pas n’importe quelle planète : Magic’Moon ! La planète la plus touristique, la plus intelligente, la plus belle, la plus impressionnante et la plus futuriste depuis sa découverte en 2296 : il y a 20 ans. En fait, c’est la copie conforme de la Terre, mais de toutes les couleurs !

« Mesdames et messieurs, vous pouvez à présent enlever vos combinaisons spatiales et regagner la sortie de la fusée. Nous vous souhaitons un agréable séjour à Dream’West ».

L’arrivée au space-port se fait par un long couloir et quand, enfin, j’arrive à l’intérieur, je vois par de grande baies vitrées cette planète fabuleuse : des gens pressés, des routes où des voitures sans roues avancent, d’immenses écrans publicitaires… L’une des publicités vante les mérites du nouvel ordinateur hologramme pendant qu’une autre présente la dernière pâte à tartiner qui fait mincir. Même si je suis toujours à la même époque, j’ai l’impression d’avoir atterri dans le futur. Un taxi m’attend à la sortie : comme les autres voitures, il n’a pas de roue et il flotte à une vingtaine de centimètres du sol. Je m’empresse de monter dedans. Les paysages défilent devant les yeux : je vois de grands buildings colorés, de larges trottoirs et beaucoup, beaucoup de monde. Dans la foule, je distingue des personnes de toutes les couleurs, de toutes les tailles, de toutes les… formes ! Des Martiens, des Terriens, des Dream’westiens. Je n’ai pas le temps d’admirer davantage ce paysage car, déjà, le taxi se gare devant mon hôtel. Je descends de la voiture et regarde mon hôtel : j’ai l’impression que le bout de cette tour rose bonbon est caché dans les nuages, tellement elle est haute. Et les nuages ! Tout le monde dit que les nuages de Magic’Moon sont faits en barbe à papa. C’est vrai qu’ils me donnent faim, ils sont chacun d’une couleur pastel et je pourrais passer des heures à les regarder, mais il faut bien que je rentre dans l’hôtel. J’entre dans un grand hall dans les tons roses et blancs : il y a de beaux piliers de marbre et du carrelage blanc. À gauche se trouve un long comptoir de marbre rose pâle et sur la droite quelques canapés roses et blancs où une vieille dame avec des tentacules discute avec deux autres. Au milieu de la pièce se trouve la statue d’un flamant rose qui semble être le thème de l’hôtel, car derrière le comptoir il y a un long portrait de flamant rose avec une couronne dorée. Je m’approche du comptoir derrière lequel un Martien et une Terrienne discutent. Je donne mon nom de famille et ils me passent autour du poignet un bracelet électronique sur lequel s’affiche aussitôt le numéro de ma chambre et de mon étage. Je monte dans un ascenseur et appuie sur le bouton trente. Quand la porte s’ouvre, j’avance dans un couloir avec des murs blancs et de la moquette rose pâle. Je m’arrête devant ma chambre : la 3546. Je passe mon bracelet devant le détecteur et la porte s’ouvre. Ma chambre est décorée de manière très moderne et elle a de grandes baies vitrées qui me donnent une vue à couper le souffle sur Dream’West. Je me couche immédiatement, car le décalage horaire m’a épuisée.

Quand je me réveille, c’est un tout autre décor : ma… ma chambre. À Dijon, en France, sur… Terre… Oh ! Non ! Me voilà déjà de retour en 2017. Ce rêve avait pourtant l’air si réel ! C’était le rêve de mon rêve : aller dans l’espace…

Léane GIRBE

1er prix « Prix d’expression écrite », classe de 5ème

Collège Gaston Bachelard

2 rue du Tire Pesseau

21000 DIJON

Professeure : madame ROGER

 

 

 

 

 

 

Juste amoureuse

 

Cette année-là, je devais rentrer en 3ème… Cette année-là devait être joyeuse… Cette année-là n’aurait pas dû être différente des autres années…

Dans mon établissement, on devait se rendre, la veille de la rentrée, au bureau de l’administration pour connaître notre classe. Cette année, je me trouvais dans la classe complètement intenable de tout le collège Beauregards. Les professeurs redoutaient cette classe, et j’allais devoir la supporter pendant toute une année scolaire ! Ma meilleure amie, Amanda, était aussi avec moi ; elle était ma seule amie. Le lendemain matin, j’étais fin prête pour cette rentrée. À ce moment-là, je pensais vraiment vivre une bonne année scolaire. Mais je me leurrais. Avant de partir de chez moi, je me regardais une dernière fois dans le miroir de ma petite chambre : mes cheveux châtains tombaient en cascade dans mon dos, mes yeux légèrement maquillés de noir me faisaient paraître plus âgée, presque adulte, et ma bouche toute fine était légèrement rosée. Mon uniforme était composé d’une jupe plissée noire et d’un chemisier blanc ; on pouvait ajouter à la tenue une petite veste noire très fine, marquée du blason de l’école. Je me trouvais plutôt jolie, et j’espérais de tout cœur que les élèves de mon bahut le remarqueraient aussi.

Quand je descendis l’escalier,  j’entendis ma maman râler au téléphone : « Éric, cela fait plus de trois mois que j’attends la pension alimentaire de Kimia. Mais à la place, tu te prélasses dans le luxe, au lieu de t’occuper de ta fille unique ! Je souhaite recevoir ce chèque avant la fin du mois, ou je préviendrai le juge, et je ne rigole pas cette fois ! » Depuis des mois ma maman voulait récupérer son chèque, et cela faisait longtemps que mon papa se cachait dans son trou.

Ma mère m’a emmenée au collège. Quand je suis descendue de la voiture, mon sac s’est renversé sur le trottoir, en laissant toutes mes affaires s’étaler sur la chaussée, j’avais toujours l’air un peu godiche. Seulement, la veille, il avait plu et une grosse flaque pleine de boue et d’herbes mouillées se trouvait près de moi. Quand je voulus ramasser mes cahiers, le bus scolaire qui déposait les enfants du voisinage à l’école fonça droit sur moi. Je réussis à retirer mes mains. Le bus était passé si près de moi qu’il roula dans la flaque et m’aspergea de la tête aux pieds. J’avais une forte envie de pleurer mais, déjà, je sentais des regards dirigés vers moi, et des rires s’élevaient de l’autre côté de la rue. Je n’avais pas besoin de lever la tête pour savoir d’où provenaient les rires : de mon intenable classe. Une fois mes affaires ramassées, je me suis rendue vers le bâtiment principal du collège.

L’établissement Beauregards était loin d’être le plus beau. Les façades autrefois blanches étaient jaunies par le temps et délabrées. Les seuls points de lumière étaient les grandes fenêtres rouges. J’étais passée devant les bureaux de l’administration et la cafétéria. Je m’étais dirigée aux toilettes des filles. Malgré que le collège soit toujours sale et poussiéreux, les toilettes des filles, aussi surprenant soit-il, étaient toujours propres, c’était une des rares pièces entretenues. Il y avait des femmes de ménage, certes, mais à bien des reprises, nous les avions aperçues derrière le bâtiment principal, occupées à fumer et à boire je ne sais quelle boisson alcoolisée. Je poussai la porte des toilettes et m’étais regardée de longues minutes dans le grand miroir. J’avais alors observé, presque fascinée, l’immense tache de boue sur mon chemisier blanc. À l’aide d’un mouchoir et d’eau j’avais pu enlever l’excédent de boue. Je pris la veste noire de mon sac et l’avais enfilée et boutonnée. On ne distinguait plus aucune trace de l’accident de ce matin.

Plongée dans mes songes, je n’avais pas entendu ses talons marteler le carrelage des toilettes. Sa petite voix stridente et agaçante m’avait rappelée à l’ordre. Je reconnus cette voix pour l’avoir entendue se moquer de moi à maintes reprises, et pas seulement ce matin. Cette voix et ces talons appartenaient à Marie, Marie Torner. La pire peste, de la pire classe, de ma classe. Mon corps s’était raidi au seul son de sa voix. Elle s’avançait, lentement, droit sur moi. Quand enfin elle s’arrêta, nos visages n’étaient plus qu’à quelques centimètres l’un de l’autre. Ses yeux bleus, presque gris, étaient plongés dans les miens. Sa bouche arborait un rictus de satisfaction. Je me demandais pourquoi elle était venue me voir… moi, la fille que Marie détestait le plus, moi la fille que Marie avait enfermée trois ans plus tôt dans un placard. Tandis que je me posais la question de sa présence ici, elle avait sorti de son sac en cuir marron un petit carnet violet matelassé avec au centre, en couleur argentée, une lettre, ma lettre, un K. Ce petit carnet que je ne connaissais que trop bien, qui était mon confident, dans lequel mes pensées les plus intimes étaient écrites à la plume. Mon jardin secret, toute ma vie, se trouvait en la possession de la personne que je haïssais le plus. J’avais un sentiment de colère pour cette personne qui me méprisait, mais ce sentiment n’avait pas duré. Il s’était transformé en angoisse. « Comment l’avait-elle eu ? » pensai-je. En guise de réponse, une image avait hanté mon esprit, embrumé de crainte. Je m’étais vue faire tomber mon sac en sortant de la voiture, le petit carnet glisser sur l’asphalte du parking. « Pourquoi ne l’avais-je pas ramassé ? » dis-je tout bas.

Marie avait commencé à feuilleter, innocemment, mon confident. Un sentiment d’horreur m’avait envahie ; qu’aurait-elle découvert qui aurait pu me nuire ? Mon cerveau avait trouvé les réponses de lui-même. Tout. Tout aurait pu me nuire. Surtout ce secret, que je dissimulais, que je me cachais à moi-même. J’essayais d’oublier, de faire comme si cela aurait pu changer. Je me demandais comment allaient réagir les autres, et Amanda. Amanda qui était ma meilleure amie et dont je voulais qu’elle soit bien plus, au-delà de l’amitié pour une chose à laquelle je ne voulais pas penser, je me sentais si différente. Prise d’une poussée d’adrénaline surprenante, je m’étais élancée sur Marie, lui griffant le visage. Prise par surprise, elle était tombée en arrière, et elle m’avait emportée dans sa chute. On s’était battues bec et ongles. Mais je savais déjà qu’elle avait gagné. J’avais l’esprit embrumé de sang, de mon sang, m’empêchant de réfléchir et de parer ses coups, je ne pouvais que subir. Mon corps s’était recroquevillé de lui-même, le visage dans mes genoux. Je sentais ses pieds s’enfoncer dans la chair tendre de mon ventre, expulsant tout l’air de mes poumons, ma respiration était rauque, lente. Quad elle m’avait parlé, sa voix me paraissait loin, distante. Elle m’avait craché des mots à la figure, des mots durs qui me lacéraient la poitrine. « Personne ne veut de toi. Tu peux mourir dans ton coin, sale lesbienne ! »

Elle était sortie des toilettes triomphante. J’avais la nausée, Marie me dégoûtait, elle m’avait tout pris, mes espoirs, mes rêves, mes amours, et elle n’allait pas tarder à le propager. Une élève de sixième était dans les toilettes, elle s’était mise à crier, puis elle avait couru à l’infirmerie. Je m’étais évanouie avant l’arrivée de l’infirmière.

Une odeur d’antiseptique flottait dans l’air quad j’avais repris connaissance à l’infirmerie. J’avais une horrible migraine. Madame Finderre, l’infirmière, était venue pour me poser des questions. Elle me laissa sortir après son interrogatoire. Je m’étais rendue à mon casier, pour pouvoir récupérer mon cahier de français, que j’avais déposé la veille. Mon casier se trouvait vers la bibliothèque. En déverrouillant mon casier, une immense vague de petits papiers était tombée à mes pieds. J’en avais attrapé un au hasard et l’avais déplié, une phrase écrite en pattes de mouche était inscrite : « Sale lesbienne, meurs ! ». J’étais tombée à genoux, les larmes me brûlaient les yeux. J’en avais pris d’autres qui signifiaient la même chose horrible. J’avais pris un bout de papier rose plié en quatre. En l’ouvrant, un horrible sanglot secoua tout mon corps. « Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? Tu me dégoûtes… ». L’écriture d’Amanda. Je n’avais pas la force de me relever. J’avais pris les papiers et les avais déchirés, jetés, avalés. Je ne voulais plus les voir, je voulais disparaître. Mourir. Mon univers s’était écroulé. Et je n’avais plus que mes yeux pour pleurer. Donc c’est ce que je fis. J’avais pleuré toutes les larmes de mon corps. Toutes ces années à souffrir de ma différence aux autres. Être seule. La sonnerie qui annonçait le début des cours résonna à travers l’établissement. Au-dessus de moi, au premier étage, j’écoutais les pieds des six cent cinquante élèves marteler le sol. Un flot d’adolescents se dirigeait vers moi. Je m’étais relevée douloureusement et attrapais mon sac de sport. Je m’étais dirigée vers les vestiaires des filles, la porte grinçait tandis que je l’ouvrais. Les filles de ma classe papotaient, rigolaient et chahutaient entre elles, quelques filles se changeaient, elles étaient en sous-vêtements. Marie se trouvait au centre de l’attention, comme d’habitude. Elle avait levé les yeux et poussa un cri strident. Plusieurs filles arrêtèrent leur discussion pour assister au carnage. « Vous devriez faire attention les filles » avait dit Marie aux filles en sous-vêtements, « Cette fille, Kimia, est une saleté de lesbienne ! Personnellement, je n’aimerais pas qu’elle me regarde ». Plusieurs filles lâchèrent un cri de dégoût et se dépêchèrent de se couvrir. Les larmes me montaient aux yeux.

« Où est Amanda ? » Elle ne se trouvait pas dans les vestiaires. « Tu veux savoir où est Amanda ? Tu ne lui as pas fait assez de mal comme ça ? Elle est rentrée chez elle. Rongée par la honte. Tu lui fais honte ! » Marie était tellement satisfaite de me voir souffrir qu’elle ne le cachait pas. « Dégage de ces vestiaires ! » m’avait-elle hurlé. « On ne veut pas de toi » hurlèrent les autres filles.

Je m’étais enfuie en courant, pour échapper à ces monstres. Je m’étais dirigée vers l’infirmerie. J’avais annoncé que je me sentais nauséeuse, et ils me laissèrent rentrer chez moi. Ma mère ne travaillait pas le mardi, donc, quand j’étais rentrée chez moi, ma mère était là. Je n’allais pas bien, et je ne me sentais pas la force de lui répondre, et j’avais couru me réfugier dans ma chambre. Ma porte ne comportait pas de verrou, j’avais donc pris la chaise de mon bureau, ma mère frappait à ma porte, d’abord doucement puis violemment. Sur mon lit de satin blanc, j’observais les murs gris pastel de ma chambre, la coiffeuse de ma grand-mère était toujours bien rangée, une photo de moi et ma mère souriante trônait sur ma penderie où étaient rangés mes habits, mes yeux fixaient le foulard blanc de ma mère. Une idée était parvenue à mon esprit, une idée dangereuse et interdite, une solution à tout problème. Je n’aurai pas besoin de retourner au collège, supporter le regard des autres, le regard d’Amanda. Je m’étais levée, et j’avais traversé ma chambre, j’avais essayé de reproduire un nœud coulant, mais je n’y parvins pas, alors j’avais tout simplement fait un double nœud autour de mon mince cou. Comme la chaise de mon bureau bloquait ma porte, je n’ai pas pu l’utiliser. J’avais pris l’escabeau que ma mère avait utilisé pour installer ma tringle à rideaux. Sur mes joues avaient roulé des grosses larmes salées, et j’accrochai le foulard à ma fenêtre. Je m’étais remémoré tous les moments passés avec mon père, quad on allait à la pêche, à la fête foraine. J’avais ensuite pensé à ma maman, qui resterait seule, grand-mère resterait vers elle, je l’espérais. Pourquoi j’étais différente, avais-je pensé, si j’aimais les garçons et non ma meilleure amie, j’aurais eu une vie heureuse. Ma maman ne frappait plus à la porte, je me disais qu’elle avait abandonné. Mais je me trompais. J’avais vu ma mère apparaître à la fenêtre de ma chambre, ses yeux s’étaient agrandis d’horreur. Elle ne bougeait plus, quand soudain j’avais entendu un énorme hurlement. Ma maman me hurlait d’arrêter, mais je ne l’avais pas écoutée. Je regardais le sol, j’étais prête à sauter quand un grand fracas de verre cassé explosa dans ma chambre. J’ai sursauté, et dans un mouvement de terreur, j’ai sauté. Le foulard m’avait étouffée, j’avais mal, si mal. Je sentais la main de ma mère sur ma nuque, elle tentait de me sauver. Elle était parvenue à me décrocher, j’étais tombée telle une poupée de chiffon sur mon lit. Je me demandais si j’étais en train de mourir, ou même déjà morte. Je ne m’étais pas rendu compte que mes yeux étaient fermés, j’avais senti des mains sur ma poitrine, me massant vigoureusement. Puis plus rien.

Je m’étais réveillée sur mon lit d’hôpital, cela faisait déjà une semaine que j’étais ici. J’avais passé de multiples examens, prises de sang, un psychologue était venu me voir, je n’ai pas pu lui parler, le psychologue m’avait expliqué que grâce à ma mère qui avait cassé ma vitre j’étais toujours en vie. Au bout de deux semaines, j’avais pu sortir. Un psychologue venait régulièrement pour pouvoir décrypter ce qui m’avait poussée à cet acte suicidaire. Un soir avec ma mère, nous regardions la télévision, quand on sonna à la porte. Ma maman s’était levée, je l’avais suivie. Ma mère avait ouvert notre vieille porte en bois, il n’y avait personne, seulement une lettre, à mon nom. Ma mère me l’avait tendue, et était repartie s’asseoir dans le salon. J’avais ouvert l’enveloppe, il y avait deux lettres à l’intérieur. La première était froide, de Marie et cruelle : « Dommage que tu te sois loupée, tu n’es même pas fichue de te tuer, vraiment je suis déçue. On aurait pu voir ta tombe et cracher dessus tellement tu nous dégoûtes, petite lesbienne. J’espère ne plus te revoir au bahut. Je te hais, tout le monde te méprise, lesbienne ».

La deuxième était comme un coup de poignard dans le dos. La lettre ne comportait qu’un mot : « Adieu ». C’était l’adieu d’Amanda. Je m’étais mise à hurler, je pleurais tellement fort que je ne respirais plus. Ma maman était arrivée complètement paniquée, elle m’avait prise dans ses bras, elle m’avait bercée doucement. Elle me disait que ça irait mieux, que ça passerait. Je savais qu’elle mentait. Ma mère avait pris les lettres et les avait lues. J’avais vu passer sur le visage ridé de ma maman plusieurs émotions. Le choc, le dégoût, la déception et la fureur. Elle rêvait d’avoir plein de petits-enfants et je n’avais même pas pu lui offrir cette satisfaction. Elle m’avait prise, et tout bas, elle m’avait demandé : « C’est vrai, Kimia ? Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? »

Je ne savais pas, je ne savais plus. Le lendemain matin, ma maman m’attendait de pied ferme dans la cuisine. Elle m’avait inscrite à un club pour jeunes homosexuels. Je n’avais même plus la force de me révolter. Ma première réunion était le soir même. Je m’y étais rendue avec ma maman, mais elle n’avait pas le droit de m’accompagner à l’intérieur de la salle. J’avais éprouvé une petite anxiété, mais je m’étais rappelé qu’ils étaient tous comme moi dans ce club, exclus de la société. Je m’étais bien amusée à ce club, je voulais même y retourner. Au club il y avait un couple de filles de mon âge, très gentilles. Il y avait aussi cette fille, Carol. Elle avait les cheveux blonds coupés en carré plongeant, ses yeux noirs lançaient des éclairs. Je l’aimais bien, beaucoup. Mais j’avais passé la plus grande part de la soirée avec Antoine, un beau brun aux yeux noisette. Beaucoup de filles avaient dû l’aimer, mais c’était peine perdue. Il était gay. Je voyais beaucoup Antoine, il était devenu mon meilleur ami, mon confident. Il m’avait aidée à oublier tout ce qu’ils m’avaient fait. Il me faisait ressentir une chose que j’avais oubliée : ne pas être différente. J’étais heureuse. Je n’allais plus à Beauregards, j’étais au nouveau collège privé qu’ils avaient construit vers chez nous. Ce qui était encore mieux, c’est qu’Antoine était scolarisé dans le même collège.

Quelques semaines plus tard, je rentrais seule. Antoine était inscrit aux Faucons, le club de basket du collège. Perdue dans mes pensées, je n’avais pas vu qu’elle montait dans le même bus que moi. Elle s’était assise devant moi. Elle ne m’avait pas vue et tant mieux. Elle était au téléphone. Sa voix était brisée, Marie avait pleuré. J’avais déduit qu’elle parlait à Maxime, son petit ami. Je savais qu’elle discutait avec lui car elle nommait son interlocuteur « bébé ». Elle lui avait raconté que son père était de nouveau en couple. Je n’avais pas compris pourquoi ça la touchait autant. Enfin, j’entendis le nom de Matthieu. Son père avait quitté sa mère et abandonné Marie pour un homme. Il était gay. Le père de Marie était homosexuel. J’avais enfin compris, compris pourquoi elle m’avait méprisée. Je n’avais plus aucune raison de lui en vouloir. Au fond nous étions pareilles. Seules, essayant de dissimuler nos lourds secrets à bout de bras. Je souriais, soulagée. Elle était descendue du bus sans même un regard vers moi. C’était enfin fini. Il faisait presque nuit quand j’étais descendue du bus. Je connaissais le chemin du club sur le bout des doigts. La salle était chaude et chaleureuse. Ce jour-là, c’était mon tour de choisir le sujet. J’avais choisi un thème en rapport avec Marie : « Les personnes qui en rendent d’autres malheureuses le sont peut-être elles aussi. »

Après la réunion, je suis rentrée avec Carol et devant ma porte elle m’a retenue par le bras, elle m’a tirée vers elle. Mes yeux étaient plongés dans les siens. Elle m’avait murmuré qu’elle m’aimait, et comme réponse je l’ai embrassée. Sa bouche était chaude contre la mienne, nos nez se touchaient. Nos dents s’entrechoquaient. « Moi aussi je t’aime, Carol. »

Elle m’a regardé une dernière fois puis elle est partie dans le froid de l’hiver. J’ai poussé la porte de chez moi. Mon papa était dans le salon, il riait, ma maman en face de lui souriait. Je ne pouvais pas m’empêcher de sourire. J’ai couru dans les bras de mes parents. Ma maman avait préparé du pop-corn et on s’est installés, tous les trois, devant la cheminée, comme au bon vieux temps. Je me suis endormie, heureuse entre mes parents.

 

Manon BRIDANT

1erprix « Prix d’expression écrite », classe de 4ème

Devoir transmis au jury national

Collège Paul-Fort

21120 IS-SUR-TILLE

Professeure : madame D’ALOISIO

 

 

 

 

 

La mort de ma mère

Il y a deux semaines, je vivais une vie heureuse dans notre maison avec ma mère et mon père, à Lapalisse. Ma mère était une personne calme et d’une douceur incomparable ; elle travaillait à la mairie du village et arrondissait les fins de mois en faisant des ménages. Mon père, quant à lui, était plutôt travailleur, toujours prêt à aider. Il gagnait sa vie en tant que mécanicien dans un garage et moi j’étais en troisième, j’avais plein d’amis. On me décrivait comme un garçon normal, les yeux marron et les cheveux bruns ; j’étais de taille moyenne. Je passais mes journées avec ma copine qui s’appelait Ine (c’est un prénom norvégien). Elle était blonde avec des boucles à l’anglaise et de magnifiques yeux marron. Elle était super belle, très agréable à regarder et elle travaillait très bien à l’école.

Mais tout ce paradis s’effondra quand, un soir de semaine, un drame horrible arriva. Alors que nous rentrions des courses, ma mère se fit écraser par une camionnette. Son chauffeur perdit le contrôle du véhicule et alla percuter le mur de la maison d’à côté. Les voisins, alertés par le bruit, arrivèrent dans un brouhaha considérable, mais mes oreilles n’entendaient plus, mes yeux ne voyaient rien. J’étais seul devant le corps de ma mère étendue sur le sol. Je perdis le fil de la suite des événements.

En me réveillant quatre heures plus tard, je me vis dans un lit d’hôpital. Ine était à mon chevet et me dit, les larmes aux yeux, que ma mère n’avait pas pu être réanimée par les pompiers. Quelque temps plus tard, une infirmière vint me voir pour me dire que j’avais perdu connaissance lorsque j’avais vu le corps sans vie de ma mère. Puis, ma vue se troubla et je retombai dans les vapes. Quand je me réveillai, une infirmière vint m’annoncer que je pouvais partir. Une fois sorti et rentré chez moi, Ine vint me voir en courant pour me dire que mon père était en train de s’enivrer au bar du coin. Je la suivis dans ce café, cet endroit rempli de fumée et d’odeur d’alcool qui me donnait la nausée et je trouvai mon père avachi sur un tabouret, complètement saoul. Nous le ramenâmes à la maison qui paraissait vide sans ma mère adorée. Une fois mon père couché, je fondis en larmes dans les bras d’Ine, nous restâmes ainsi un moment puis elle me coucha et je m’endormis rapidement, malgré ma peine. Deux jours plus tard, les funérailles eurent lieu. Le vent soufflait entre les arbres, il faisait beau, le ciel était bleu sans aucun nuage ; il avait neigé pendant la nuit et les tombes étaient recouvertes d’une fine pellicule de neige. Les stèles se ressemblaient toutes mais j’aurais reconnu celle de ma mère entre mille ; elle était en pierre gris très foncé et on l’avait décorée d’une multitude de fleurs telles que des chrysanthèmes jaunes, mauves et des roses rouges qui étaient ses fleurs préférées.

Le prêtre prononça quelques mots puis le cercueil descendit lentement dans son tombeau éternel. Ce fut le pire moment de ma vie. Je ne me souviens plus trop du reste, je ne ressentais alors qu’un vide immense. Les mois passèrent, mon père ne travaillait plus et sombrait dans la dépression. Je ne l’avais jamais vu ainsi. Parfois, il lui arrivait de se mettre en colère pour une broutille. Le collège était devenu un refuge pour éviter mon père dépressif et oublier mon chagrin. Ine me retrouvait tous les soirs en espérant me changer les idées. Nous discutions de tout et de rien. Un soir, mon père qui avait bu pour évacuer son chagrin, m’attendait à l’entrée de la maison. J’étais arrivé en retard. Il était de mauvaise humeur, ivre et en colère. Il me saisit par l’épaule et me déchira mon tee-shirt. J’essayai de me débattre en pleurs, mais mon père était insensible à mes hurlements et il me battit sauvagement le dos. Puis, il m’ordonna d’aller me coucher et de rester dans ma chambre.

Le lendemain, lors du cours de sport, quand il fallut se changer, j’essayai de cacher mes bleus aux yeux des autres garçons pour qu’ils ne se posent pas de questions. Mais, voyant que je dissimulais quelques chose, mes camarades me poussèrent violemment afin d’arriver à leur fin. En découvrant mes blessures, ils poussèrent des cris d’horreur et de dégoût. Je leur fis promettre de ne rien dire au professeur, mais l’un d’eux alla tout lui raconter et lui-même, à son tour, alla tout dire à l’assistante sociale. A la fin des cours, elle vint me voir et me demanda de la suivre dans son bureau, puis elle me dit : « Luc, peux-tu m’expliquer les blessures sur ton dos ? » « Je préfère ne pas en parler. Cela ne vous regarde pas, au revoir ! Merci ». « Ne me parle pas comme ça. Je suis là pour t’aider, mais pour cela il faut que tu me dises la vérité ». « C’est mon père qui m’a frappé, ai-je alors avoué en pleurant ».

Ensuite, tout est allé très vite. Une semaine plus tard, nous sortions du tribunal. J’avais été envoyé dans une famille d’accueil et mon père n’avait plus ma garde et devait aller en cure de désintoxication. Une fois sobre, il devait se soumettre à un nouveau jugement pour que je puisse éventuellement retourner vivre avec lui. J’étais condamné à vivre éloigné un long mois de mon père et surtout d’Ine.

Un mois plus tard, à la fin du délai de probation, en entrant au tribunal, je vis mon père entouré d’un avocat et d’un gendarme. Je lus dans son regard qu’il se sentait mieux qu’avant et que la cure avait fait son effet. La séance dura deux longues heures et on autorisa enfin mon père à retourner chez nous et à reprendre ma garde. J’étais heureux de le retrouver malgré ce qu’il m’avait fait. Je comprenais son désespoir d’alors et l’aimais toujours profondément. Plusieurs jours après, nous partîmes en vacances au soleil, puis nous rentrâmes à la maison où je retrouvai Ine qui m’annonça avec un grand sourire qu’elle allait dans le même lycée que moi…

Jules FRAIZIER

2ème prix « Prix d’expression écrite », classe de 4ème

Collège Paul-Fort

21120 IS-SUR-TILLE

Professeure : madame D’ALOISIO

 

 

 

 

L’avenir de notre planète

Je m’arrête devant la fenêtre de ma chambre, je regarde ce beau paysage et je m’évade. J’imagine ce même endroit dans cent ans, notre Terre dans un siècle.

            Je rêve alors à un monde vert, à des forêts enchantées par le chant des oiseaux, à des jardins colorés et fruités, à des éoliennes qui tournent au vent, à des routes silencieuses et discrètes, à des promenades d’automne sous les tourbillons de feuilles orangées, à des fêtes de voisins heureux de se retrouver, à un enfant qui fait ses premiers pas sous le regard fier de ses parents.

            Je pense à ce beau monde futur, mais un avion passe et je reviens à la réalité : si nous voulons une belle Terre et un avenir pour notre planète, il faut commencer aujourd’hui, il faut s’activer, car le futur s’apprivoise, il se prépare. Si nous n’y prenons pas garde, nos enfants verront à travers leur fenêtre un monde noir, des forêts tristes et silencieuses, des champs nus, une saison unique, des nuages sombres, abandonnés, un climat perturbé.

            Nous ne pouvons pas dessiner l’avenir de notre planète, mais nous pouvons l’orienter. Alors je ne regarde plus à travers ma fenêtre, je sors et je plante un nouveau-né : un noyau de pêcher.

 

Monette LAVIRON

1erprix « Prix d’expression écrite », classe de 3ème

Collège Champ-Lumière

23 rue de Villey

21260 SELONGEY

Professeure : madame FORQUET

 

 

 

 

Vendredi 2 septembre 2016

 

            Cher journal,

            Non, aujourd’hui je ne commencerai pas par « je vais te raconter ma journée », car cela fait maintenant un an que je te parle, que je me confie à toi, que tu es comme une meilleure amie pour moi. C’est pour ça qu’aujourd’hui j’ai décidé de te donner un nom, un petit surnom mignon. Ce sera… Katherine ! Pourquoi ? À vrai dire, je ne sais pas trop. Je me suis inspirée de mon ancien journal intime de primaire, il y avait un chat qui s’appelait Kitty sur la couverture. Donc :

            Chère Katherine,

            Comme je te l’ai dit hier, aujourd’hui c’est la rentrée. C’est donc la deuxième rentrée que je fais avec toi. Cette année, c’est l’année de troisième. Troisième rime avec brevet et orientation. Mais je ne vais pas te raconter comment ça s’est passé, ce qu’ils nous ont dit, je ne veux pas être comme tous ces gens qui parlent pour ne rien dire. Si tu veux savoir comment elle s’est déroulée, tu n’as qu’à te remémorer, grâce à ton « cerveau » de papier, ce qu’il s’est passé l’an dernier et tu sauras.

            Mais quelque chose s’est passé cette année qui ne s’est pas produit l’année dernière. Un exercice. Pas un exercice de français, de maths ou encore de physique, non, un exercice de « prévention ». Je t’en parle, mais je suis loin d’être la première à le faire. C’est le sujet phare de l’actualité. J’aurais pu te parler d’autre chose, de mes amis, de ma famille, mais non. Ce sujet m’intéresse plus que tout autre sujet en ce moment pour la simple et bonne raison que je me sens concernée, que nous devons tous nous sentir concernés. Tu l’auras compris, je parle de terrorisme. Oui, ce mot fait peur à entendre. Disons que la consonne « r » n’est pas très gracieuse. C’est un sujet « tabou » mais il faut bien l’aborder et j’ai besoin de t’en parler, d’exprimer mon ressenti et mes craintes pour aujourd’hui et pour plus tard. Tu as dû sûrement te demander pourquoi j’écrivais sur un journal au lieu de parler à une amie. Tout simplement parce que, comme le dit si bien Anne Frank : « Le papier est plus patient que les hommes ». Le papier ne juge pas. Le papier ne trahit pas. Le papier ne change pas, ne se transforme pas, ne se métamorphose pas.

            Pour rentrer dans les détails, nous avons effectué trois exercices. Le premier en cas d’incendie, celui qui a eu lieu tous les ans et qui consiste à sortir et se ranger avec notre professeur. Le deuxième en cas d’explosion de gaz à proximité, qui, lui, consiste à rester dans la salle de cours et à se calfeutrer : fermer les portes, volets et fenêtres, mettre des cahiers sous les portes pour éviter tout insertion de gaz dans la salle, puis se rassembler au centre de celle-ci et s’asseoir sous les tables. Je n’aime pas cet exercice : attendre sans rien faire m’agace. Le troisième est le plus important par rapport à ce que je te confie aujourd’hui, Katherine. C’est celui de l’attaque terroriste. Un surveillant lance l’alarme. À ce moment-là, je sursaute, même s’il s’agit d’un exercice, je ne peux pas m’empêcher de croire qu’un jour ce sera probablement la réalité. Tout le monde se lève, le professeur ressasse la phrase que l’on entend tous les ans lors de l’alarme incendie : « Ne paniquez pas ». Mais comment ne pas paniquer dans une telle situation ? Et si c’était réel ? Le professeur ouvre la porte, les élèves défilent un à un, les uns derrière les autres en courant le plus vite possible. Lors d’un exercice, c’est simple. On connaît les consignes et on les applique. Mais lors d’une réelle attaque, comment réagirait-on ? Aurait-on le réflexe de courir ? Je pense que oui. Parviendrons-nous le jour même à courir tous ensemble ? Tous en même temps ? Serons-nous solidaires les uns des autres face à une telle situation ? Je l’espère.

            La solidarité. Voilà le « problème » d’après certains, mais pour moi c’est LA solution. L’avenir c’est ça : la SOLIDARITÉ. Sans solidarité, il n’y a pas d’avenir, mais ça, c’est ma version des choses. Malheureusement, une grande partie des gens de ma génération ne pense pas comme moi. La célèbre et répugnante formule « chacun pour sa pomme » est présente dans leur esprit. Un jour, Albert Jacquard a dit : « Désormais, la solidarité la plus nécessaire est celle de l’ensemble des habitants de la Terre ». Il devrait être un modèle pour tous ces gens qui ne pensent qu’à leur « pomme ». Mais tu vois, heureusement qu’Albert Jacquard n’est pas le seul à penser cela. Ça a été prouvé à l’attaque de l’Hyper Cacher. Je ne vais pas rentrer dans les détails de cette horrible attaque, je vais juste te montrer que la solidarité peut aussi être présente. Lassana Bathily, un jeune Malien, a fait preuve d’une solidarité extraordinaire en sauvant la vie de six personnes, dont un bébé, en les dissimulant dans une chambre froide du magasin. Cet événement et la présence d’esprit de cet homme m’ont rassurée et réconfortée sur le fait que la solidarité est bien présente dans des moments atroces comme ceux-ci. Si cette personne n’avait pas été là à ce moment-là, la mère, son bébé et les quatre autres personnes ne seraient probablement pas en vie. Comme quoi la solidarité sauve des vies. S’il n’y a plus de vie, il n’y a donc plus d’avenir.

            Cet avenir, j’aimerais l’imaginer de manière optimiste, même si je suis de nature pessimiste. Je pense que, si les gens mettent tous un peu de bonne volonté à s’entraider, à être solidaires les uns des autres, l’avenir sera meilleur. Un tout petit rien peut changer de grandes choses. Imagine qu’un élève trébuche lors de l’exercice de prévention sans qu’il ne soit relevé par quelqu’un. Ça déclenche alors un « effet domino » qui fait tomber plusieurs personnes. Ces personnes n’ont pas le temps de se relever et sont donc décédées dans cette attaque terroriste. En revanche, si un élève a ce réflexe de relever le premier garçon, aucun des autres élèves ne tombe et donc ils ne décèderont probablement pas. Une simple main tendue a sauvé des vies.

Désormais Katherine, tu connais ma vision de la vie ou plutôt de l’avenir pour mon monde et pour le monde en général, ce qui est pour moi la solution.

Je vais arrêter d’écrire, je risque de m’emporter. Voilà ce que je voulais te dire aujourd’hui, ma chère Katherine. Je te laisse y méditer. « Tu as quatre heures », comme dirait mon prof de français.

 

Dorine MARTHOUD

2ème prix « Prix d’expression écrite », classe de 3ème

Collège Gaston Bachelard

2 rue du Tire-Pesseau

21000 DIJON

Professeure : madame YÈME

 

 

 

 

 

 

Le loup des contes

Quand je lis des contes

Je m’évade de ce monde.

 

Dans des pays magiques,

D’autres fantastiques.

 

Je rencontre des personnages

Avec qui je partage

Des aventures merveilleuses

Et toujours fabuleuses.

 

Un jour, je suis allée voir le grand méchant loup

Pour lui dire « coucou » !

Depuis il me suit partout.

 

J’essaye de m’en débarrasser,

Mais… malgré tous mes efforts

Il est vraiment trop fort !

 

J’ai demandé aux sept nains

De me filer un coup de main,

Ils cassent des cailloux

Sur la tête du loup,

Désormais celui-ci ne m’aime plus beaucoup !

 

Elaïa MIGNON

1erprix « Prix de la jeune poésie », classe de 6ème

Collège Champ-Lumière

23 rue de Villey

21260 SELONGEY

Professeure : madame FORQUET

Comme la nuit sans étoiles

Comme la nuit sans étoiles,

Comme une araignée sans toile,

Quand tu n’es pas là,

Je perds mes repères.

Quand tu n’es pas là,

J’attends et j’espère

Te revoir à temps,

Mon cher frère.

 

Comme Roméo sans Juliette,

Comme l’espace sans planète,

Comme Harry sans sa baguette.

Quand tu n’es pas là,

Les jours deviennent des années.

Quand tu t’en vas,

Je n’ai plus d’aîné.

 

Comme une tortue sans carapace,

Comme la banquise sans glace,

Comme un serpent sans son venin,

Comme une pomme sans pépin.

Quand tu n’es pas là,

Je me perds dans un océan.

Quand tu t’en vas,

C’est le néant.

 

Comme un chevalier sans armure,

Comme un zèbre sans rayures,

Comme un mariage sans alliance,

Comme une fête sans ambiance.

 

Quand tu n’es pas là,

Je perds mes repères.

Quand tu n’es pas là,

J’attends et j’espère

Te revoir à temps,

Mon cher frère.

 

Comme la nuit sans étoiles,

Comme une araignée sans toile.

 

 

Lise NOUAILLE

1er prix « Prix de la jeune poésie », classe de 5ème

Devoir transmis au jury national

Collège Gaston Bachelard

2 rue du Tire-Pesseau

21000 DIJON

Professeure : madame YÈME

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand tu n’es pas là…

Comme un vainqueur sans sa coupe,

Comme une soupière sans sa soupe,

Comme un inspecteur sans sa loupe,

Quand t’es pas là, j’oublie tout.

 

Comme une mèche sans pétard,

Comme un cornet sans glace,

Comme un trésor sans sa carte,

Quand t’es pas là, je perds tout.

 

Comme une classe sans sa maîtresse,

Comme une tirelire sans une pièce,

Comme une plante sans sa terre,

Quand t’es pas là, je casse tout.

 

Comme une trousse sans ses stylos,

Comme une bouteille sans son eau,

Comme un contrôle sans sa note,

Quand t’es pas là, je deviens fou.

 

Comme un oiseau sans son nid,

Comme une voiture sans sa vitre,

Comme une porte qui n’ouvre plus,

Quand t’es pas là, je ne vois plus.

 

 

Comme un vainqueur et sa coupe,

Comme une soupière et sa soupe,

Comme un inspecteur et sa loupe,

Quand tu es là, je n’parle que de toi.

 

Comme une mèche et son pétard,

Comme un cornet et sa glace,

Comme un trésor et sa carte,

Quand tu es là, je vois que toi.

 

Comme une classe et sa maîtresse

Comme une tirelire et sa pièce,

Comme une plante dans la terre,

Quand tu es là, tu n’es qu’à moi.

 

Comme une trousse pleine de stylos,

Comme une bouteille qui déborde d’eau,

Comme un contrôle qui se note,

Quand tu es là, je pense qu’à toi.

 

 

L’Houcine SABRI

2ème prix « Prix de la jeune poésie », classe de 5ème

Collège Gaston Bachelard

2 rue du Tire-Pesseau

21000 DIJON

Professeure : madame ROGER

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vanités des vanités

 

 

Vanitas vanitatum n’est satisfaite que d’elle-même. L’avis des autres lui importe peu, voire pas du tout, toutes personnes autres qu’elle sont des admirateurs à son égard. Lorsqu’elle a à sortir, elle se regarde, se contemple, s’admire et se demande qui a pu faire une telle créature. Elle se vante comme personne ne l’a jamais fait !

 

Vanitas pense être la meilleure alors qu’en réalité elle est encore plus banale que le chien de la voisine. Son rituel de chaque matin ? Se porter encore plus d’intérêt qu’elle n’en avait hier, mais encore moins qu’elle n’en aura demain

 

Cette personne marche toujours la tête haute et si au grand jamais elle a tort, elle dira que les autres l’ont induite en erreur. Elle rêve d’avoir un miroir qui lui dirait qu’elle est la meilleure, la plus belle, la plus intelligente, la plus riche, un miroir qui l’applaudirait même. N’est-ce pas ridicule ? De plus, lors de soirées elle s’enivre d’alcool pour montrer que c’est elle et rien qu’elle qui tient le mieux à l’alcool, elle veut se rendre reine de soirée. Elle a besoin de la chaleur des applaudissements pour vivre. Si elle n’est plus sous les feux des projecteurs, elle n’est rien. Un jour, quelqu’un lui demanda de sa qualifier sur une échelle de zéro à dix, elle répondit onze.

 

 

Natasha KIRSCHFINK

1er prix « Prix de la jeune poésie », classe de 4ème

Collège Champ-Lumière

23 rue de Villey

21260 SELONGEY

Professeure : madame PARRAS

Jardin bruissant

 

Une étincelle de lumière illumine un abricot doré

La ciboulette caresse le romarin soyeux

Une perle de rosée dort sur la feuille de l’olivier

Une mésange joyeuse taquine un discret tournesol.

Le parfum fruité du jasmin enchante la glycine

L’ombre de l’érable surplombe le chemin

Le rouge d’une cerise charme une guêpe alléchée

Les feuilles du laurier dansent dans la brise estivale.

Le jus sucré de la myrtille titille la framboise craintive

Les herbes folles chuchotent

Les ancolies se balancent doucement.

 

Soudain : silence.

Immobilité.

Arrêt sur image.

 

J’avance dans le jardin.

Les chuchotements se taisent.

Les discussions sont en suspens.

Je m’approche des aromates et cueille un brin de romarin.

Je m’éloigne dans cet air frais du matin

Je ne me doute pas que la vie a déjà repris

Parmi ces mille couleurs et douces senteurs.

 

Monette LAVIRON

1er prix « Prix de la jeune poésie », classe de 3ème

Collège Champ-Lumière

23 rue de Villey

21260 SELONGEY

Professeure : madame FORQUET

Chère Terre

 

Chère Terre, tu es née paradis,

L’homme fait de toi l’enfer.

 

Tu brûles à l’intérieur,

Ta peau saigne,

On a pris de toi le meilleur.

 

Pourtant si belle !

Possédant de multiples richesses,

Ta beauté émerveille.

 

Parfois tu trembles,

Tu te rebelles aussi,

Tu voudrais comprendre.

 

Tu es La Terre,

Tu es Ma Terre,

 

Si fascinante,

Si intrigante,

 

La reine de tout l’univers.

 

 

Yane BIGNON

2ème prix « Prix de la jeune poésie », classe de 3ème

Collège Champ-Lumière

23 rue de Villey

21260 SELONGEY

Professeure : madame FORQUET

Amitié fragile, valeur subtile

Ma tendre amie,

Que j’ai soudainement comprise,

Nos regards se croisant,

J’ai su à cet instant,

Que notre amour serait puissant.

 

Au fil du temps, comme sœurs,

Se rapprocheront nos cœurs,

Des années de joies, de pleurs, d’amusements,

Pour un seul différend,

Et pour finalement comprendre, avec irritation,

Que l’amitié n’est qu’illusion.

 

Mon amie, ma tendre amie,

Il a suffi d’un souci,

Pour que le lien nous unissant,

Sans un geste, sans un bruit,

Tombe à l’eau doucement.

 

Mon amie, mon amie regrettée,

La gorge nouée, l’esprit mélancolique,

Le dégoût profond, l’âme nostalgique,

Je penserais avec fierté et me rendrais à l’évidence,

Que nous n’étions pas faites pour être alliées.

A mon amie que je croyais être.

 

Chloé DUFOIN

1er prix « Prix de la jeune poésie », classe de 1ère

Lycée Marey

21200 BEAUNE

Professeure : madame BUISSON

Prix Maupassant de la jeune nouvelle

 

Je m’appelle Samuel. J’ai fêté mon anniversaire hier, le 11 mai 1959.

Quinze ans se sont écoulés depuis ma naissance, des années de bonheur, d’amour, et de paix.

Quinze ans ont passé depuis la terrible guerre qui condamna des milliers de personnes. Comme tout le monde, je suis très sensible à ce désastre bien que je ne l’aie pas vécu. Je suis né en 1945, peu de temps après l’armistice. J’ai la chance d’être venu au monde un jour de paix et de calme. Je suis né dans une maison abandonnée. Ma mère était seule lors de ma naissance, car mon père était parti fêter l’armistice avec ses amis résistants dans la ville voisine.

Quelle fut sa surprise quand il revint deux jours plus tard et qu’il nous vit, ma mère et moi, serrés l’un contre l’autre ! Je tétais le sein de ma mère et elle était à bout de forces.

Mon père était heureux. Il était devenu papa. Il avait un fils, mais l’état de ma mère l’inquiéta. Il se précipita dans la rue pour chercher de l’aide, à la recherche d’une personne qui maîtrisait la médecine et qui pourrait soigner ma mère. Il trouva une vieille femme qui s’occupa de nous avec une très grande délicatesse.

C’est ainsi que commença ma vie. Enfin, c’est ce que mes parents m’avaient raconté.

Aujourd’hui, mes parents ont chacun un travail, respectivement tailleur de pierres et secrétaire. Nous vivons dans une petite maison en Bretagne, à quelques pas de la mer. Nous surplombons la mer, du haut d’une falaise. Nous avons une vue magnifique. Je m’y absente souvent pour être seul et rêver.

Depuis quatre ans, je ne suis plus le seul enfant de mes parents. Annie est née en 1955 pour le bonheur de notre famille. Ce fut un événement très attendu. Pourtant, pendant des semaines après sa naissance, j’entendis à travers le mur de ma chambre ma mère sangloter alors que mon père fumait sa pipe au coin du feu. La raison, je ne la connaissais pas jusqu’à hier.

Annie grandissait et nous nous émerveillions devant chacun de ses progrès. Nous étions une famille unie, belle, souriante et joyeuse, jusqu’à l’année passée où ma mère commença à me regarder avec un œil nouveau. Elle semblait triste, ailleurs. J’avais l’impression qu’elle pensait à une autre personne en me regardant, comme si elle ne me voyait plus.

Un nouveau climat s’installa entre nous deux. Mon père ne laissait rien paraître d’anormal, en ce qui le concernait. Peut-être que je me fais des idées, me disais-je.

Mais l’état de ma mère empira. Il y moins d’une semaine, elle se mit à pleurer alors que nous étions à table lors d’un déjeuner. J’étais en train d’amuser ma sœur : j’utilisais sa cuillère comme un avion. Cela faisait rire Annie. Ma mère, elle, me regardait, et tout à coup elle éclata en sanglots. Je ne sus comment réagir. Je restai pétrifié. Mon père l’accompagna dans leur chambre où ils discutèrent un long moment. Je restai avec ma sœur qui se demandait si maman pleurait parce que nous jouions avec la nourriture. Je la rassurai en lui disant que sans doute maman était malade, qu’elle avait attrapé un rhume. Ma sœur ne posa aucune autre question et nous continuâmes de manger.

La semaine qui suivit cet événement s’écoula. Ma mère retrouva peu à peu le sourire mais continuait de me regarder étrangement.

J’étais moi aussi triste et me demandais ce qui lui arrivait.

Hier, le 11 mai, jour de mon anniversaire, j’ai tout découvert : la vérité, la vie de ma mère, ma vie. Il était tard, dix ou onze heures, je ne me rappelle plus. J’avais passé ma journée en compagnie de Jean et de Paul, de très bons amis. Nous avions beaucoup ri. Quand je suis revenu le soir, nous avons mangé un festin que ma mère avait préparé en mon honneur. Cela faisait un an que l’ambiance n’avait pas été aussi détendue. Quand le repas a été terminé, mon père est allé coucher Annie. Ma mère et moi, nous nous sommes assis au coin du feu. C’est à ce moment-là que ma mère m’a tout raconté.

Elle a commencé : « Samuel, tu as aujourd’hui quinze ans, il est temps pour toi d’apprendre la vérité ».

J’étais abasourdi. Elle a continué : « Je t’ai caché jusqu’à présent un passage de ma vie. Avant ton père, il y avait un autre homme. »

A ce moment-là, j’ai vu une larme perler au coin de son œil. Je sentais mon corps trembler.

Elle a repris : « Il s’appelait Joseph, il était beau, intelligent, gentil. Il possédait toutes les qualités qu’une femme pouvait espérer d’un homme. Je l’ai rencontré lorsque j’avais dix-neuf ans. Nous étions si jeunes. C’était le 4 février 1943. Nos regards se sont croisés dans l’épicerie du village. Dès lors que nous nous sommes vus, quelque chose est entre nous : une flamme, c’était l’amour. »

Je ne pouvais plus réfléchir. Le temps s’était arrêté.

« Nous avons alors continué de nous voir tout d’abord une fois chaque semaine, puis tous les soirs. Nous étions des amoureux fous et naïfs. »

Elle s’est arrêtée. L’émotion se lisait dans ses yeux. Puis, elle a continué.

« Comme tu le sais, cela faisait quatre ans que la guerre avait éclaté dans le monde. La France était occupée par l’Allemagne nazie, et Pétain au pouvoir collaborait avec Hitler. Le génocide des Juifs a alors débuté en France, entraînant la déportation de milliers d’hommes innocents dans des camps. Joseph et moi vivions notre histoire sans nous préoccuper de la guerre. Nous étions inconscients. En 1944, de plus en plus de Juifs se faisaient déporter, chacun espérant qu’il pourrait échapper à cette horreur. »

Le visage de ma mère était ruisselant de larmes. J’avais les joues humides.

« Un jour où l’on se promenait avec Joseph, un membre de la milice qui attendait près d’un camion nous a demandé nos papiers. Je lui ai donné les miens, puis Joseph a tendu les siens. Le milicien nous a regardés, puis il a empoigné Joseph et l’a tiré sans rien dire. Je n’ai pas compris tout de suite. Je suis restée muette, puis j’ai hurlé pour qu’il le lâche. Il n’a rien répondu. J’ai crié de plus en plus fort, m’accrochant à Joseph. D’autres membres de la milice sont alors arrivés pour me neutraliser. Joseph, lui aussi, criait, mais pour me dire qu’il m’aimait et qu’il ne m’oublierait jamais. Je n’ai entendu que la moitié de ce qu’il disait. Je ne comprenais pas pourquoi la milice me l’arrachait et pourquoi il me faisait ses adieux. Je pleurais et je lui ai hurlé de revenir. J’ai essayé de le rejoindre, mais les agents me maintenaient. Le garde qui tenait Joseph l’a poussé dans le fourgon. La souffrance que j’éprouvais était épouvantable. J’étais brisée et l’incompréhension me submergeait. J’ai demandé en hurlant aux gardes pourquoi ils s’emparaient de Joseph, ils me répondirent tout simplement : « Il est Juif. »

Maman pleurait à présent à chaudes larmes, et moi aussi. Je ne pouvais croire à cette horreur. Mais elle a continué.

« Je ne peux te décrire le sentiment qui m’a envahie après cette déclaration. Pourquoi une telle injustice envers les Juifs qui sont des hommes comme les autres ? C’était terrible. Le milicien a fermé la porte de la camionnette. J’ai vu le visage de Joseph entre les barreaux de la fenêtre. C’était la dernière fois que je voyais le beau visage de cet homme que j’aimais. Je ne disais plus rien, je pleurais, ne pouvant réagir. Quand la camionnette a démarré, mon cœur s’est brisé et j’ai senti mes jambes se dérober. Je ne le reverrais jamais. J’ai vu le visage de Joseph couvert de larmes et je l’ai entendu hurler : « Prends soin de notre enfant. Et qu’il sache que son père l’aimait. » 

Monette LAVIRON

1erprix « Prix Maupassant de la jeune nouvelle », classe de 3ème

Collège Champ-Lumière

23 rue de Villey

21260 SELONGEY

Professeure : madame FORQUET

 

 

 

 

 

 

Le regard du diable

 

 

Sean rentrait de la manifestation avec le sourire. Tout s’était bien passé, sans aucun conflit. Il se rendit dans son salon et commença à mettre de l’ordre sur sa table basse laissée en désordre le matin lorsqu’il était parti en hâte pour rejoindre le cortège. La manifestation en question avait pour but de défendre des ouvriers licenciés par des patrons racistes. L’égalité des Noirs était une cause qui passionnait Sean. Il était lui-même afro-américain.

 

Derrière lui, au mur, un tableau représentait les portraits de Martin Luther King, de John Kennedy, enfin de son frère Bobby mort l’année précédente. Il admirait ces trois hommes pour leur grand rôle dans le processus d’égalité des Noirs. En jetant un coup d’œil au tableau, il s’identifiait à tous ces personnages ayant œuvré pour cette égalité, à ces trois-là comme à plein d’autres : Abraham Lincoln, Booker T. Washington, Malcolm X… Il se sentait grand quand il pensait à eux.

 

Pourtant, il n’avait jamais lui-même été victime de discrimination. Il était né et habitait à Boston, dans le Massachusetts, un État célèbre pour avoir été le premier à adopter des mesures anti-esclavage en 1780 et qui s’était rangé du côté de l’Union, donc des abolitionnistes, durant la guerre de Sécession. Il ne se connaissait pas d’ancêtres ayant été esclaves. Néanmoins, il se sentait très engagé dans cette cause et il participait régulièrement à des actions. Il lançait souvent des pétitions en rapport avec ces idées et se cultivait sur le sujet en lisant des livres d’histoire. Des livres d’auteurs noirs engagés, des écrits sur la fameuse guerre de Sécession et aussi des témoignages d’anciens esclaves.

 

Il se rappela soudain qu’il avait récupéré récemment un de ces livres dans une brocante. Un manuscrit écrit par deux anciens esclaves dans une plantation de tabac en Virginie. Il n’avait pas encore eu le temps de lire ce livre, occupé par des manifestations qui devaient d’ailleurs se poursuivre le lendemain avec une seconde marche. Sean alla chercher le manuscrit, le posa sur sa table basse et commença sa lecture. Les deux esclaves du livre racontaient leur quotidien : leurs journées de travail épuisantes, les mauvaises conditions de vie, les règlements sévères et injustes. Ils parlaient plus particulièrement d’un maître d’esclaves, un petit homme blanc, considéré par tous les autres esclaves comme le diable. Sa cruauté, sa dureté et son sadisme inspiraient la peur à tout le monde, même aux autres maîtres.

 

Selon le livre, cet homme avait, un jour de récolte, étranglé d’une seule main un esclave de sang-froid pour « stimuler » les autres et les faire travailler plus vite. Il avait ensuite sorti son fusil et avait abattu d’une balle en pleine tête le frère de ce dernier, toujours sans aucune raison. Il avait enfin sèchement demandé à leurs propres parents de jeter les corps dans une fosse, hurlant qu’il « égorgerait lui-même quatre autres familles s’ils ne coopéraient pas ». Les deux parents s’étaient donc exécutés, en se retenant de fondre en larmes, car le maître leur avait juré de leur crever les yeux si « une seule larme coulait ». Cet homme aimait faire du mal aux autres et pour n’importe quelle raison. Les seuls privilégiés étaient ceux qui lui en donnaient l’occasion. Un jour, un jeune esclave qui était particulièrement terrorisé par cet homme en raison de ses châtiments permanents et injustes, avait trahi ses amis esclaves en allant lui révéler que ces derniers projetaient une rébellion. Ils avaient alors tous été exécutés et l’esclave s’était vu attribuer de meilleurs traitements, ne se faisant plus violenter par le maître.

 

Sean, en lisant, ne pouvait s’empêcher de s’imaginer dans ces situations. Cet homme décrit par le manuscrit l’épouvantait. Sean n’avait pourtant jamais vécu lui-même ce genre de violence. Depuis la mort de Martin Luther King, le processus d’égalité des Noirs s’était accéléré considérablement. Dans la plupart des États du sud, les lois séparant les Blancs et Noirs dans certains lieux publics avaient été supprimées. Les agressions étaient encore présentes, mais beaucoup moins, et Sean ne connaissait pas ce genre de situation. En fait, c’était la première fois qu’il les « voyait » d’aussi près. Se sentant très mal à l’aise, il referma le livre et s’aperçut qu’il était déjà 22h. Souhaitant être prêt pour la manifestation de demain, il oublia cette histoire et monta dans sa chambre. Il s’installa dans son lit, posa sa tête sur son oreiller et s’endormit très vite.

 

Il se réveilla le matin suivant avec enthousiasme, la manifestation d’aujourd’hui signant l’aboutissement d’un long programme qu’il avait, lui et d’autres, mis en place pour défendre les deux licenciés. Sean voulait la même notoriété que ses idoles. Il voulait que l’Histoire se souvienne de lui pour les mêmes raisons qu’elle se souvenait déjà de Asa Randolph ou Mary Terrell. Son rêve était de créer un syndicat, un parti, ou un mouvement défendant les droits des Noirs au travail. Cette manifestation le guiderait directement à son but. Il se prépara, déjeuna rapidement et sortit de chez lui en hâte. Le début était prévu à 10h, il ne serait pas en retard, mais il tenait à s’assurer que tout allait bien et que tout était prêt. Il salua ses connaissances, revit une dernière fois l’itinéraire du cortège et jeta un coup d’œil sur les manifestants. Ils étaient nombreux, mille ou peut-être deux mille.

 

A 10h pile, la marche commença. Sean était au premier rang, il était détendu, se sentait épaulé. Ils étaient nombreux à s’être indignés du licenciement injuste de ces deux ouvriers, et aujourd’hui comme hier ils venaient exprimer leur mécontentement, leur soutien, leur colère.

 

Après une heure et demie de marche, l’itinéraire préétabli les mena à la grande rue de Bennington Street, à l’est de la ville. Au moment où ils parvinrent à cette rue, Sean, ainsi que tous les manifestants qui le suivaient depuis le début, furent stupéfaits. Leur faisait face un cordon d’agents de sécurité, chose complètement inhabituelle. Sean et le reste du peloton de tête, ne sachant que faire, continuèrent à avancer et traversèrent la rue. Lorsqu’ils se positionnèrent face au cordon qui les attendait, Sean se sentit complètement désemparé.

 

Il remarqua qu’un des agents, un homme de petite taille, le fixait, avec un regard effrayant et sinistre, et un drôle de sourire. Puis, l’homme sauta sur lui et lui asséna deux violents coups de matraque. Le premier dans le ventre lui fit courber le dos, le deuxième sur le creux du dos le fit s’effondrer.

 

Un cercle se forma autour de Sean et on l’aida à se relever. Il était apeuré, avant même d’être frappé, le regard que lui avait jeté cet agent de sécurité l’ayant mis très mal à l’aise. Il se releva en tournant le dos au cordon de sécurité, craignant de recroiser ce regard, ou même de se faire à nouveau frapper au ventre. Il quitta le cortège, en baissant les yeux, et rentra tout simplement chez lui. Une fois arrivé, il ferma la porte à clé. Il était terrorisé. C’était évident ! Cet homme qui l’avait frappé sans raison, c’était celui du manuscrit ! Ce maître qui prenait plaisir à punir les esclaves et cet agent étaient les mêmes personnes ! En lisant ce livre, il avait dû attirer l’attention de cet homme sur lui. Et ce dernier revenait pour châtier Sean sans raison, tout comme il l’avait fait autrefois pour tous ces autres esclaves. Mais ce livre qu’il avait lu datait bien d’un siècle, un homme ne peut revenir des morts, c’est impossible, et Sean le savait. Et si ce n’était pas un homme, et si c’était un esprit démoniaque, voire un démon ! Alors, comme ça, en lisant, Sean s’était attiré la colère du diable. Il courut à sa porte pour s’assurer que celle-ci était bien fermée à clé, et il commença à fermer ses volets. Des Blancs allaient venir, ils allaient venir pour le battre à mort. Qu’allaient-ils lui faire ? Lui couper la langue ? Les doigts ? Le brûler vif ? Le pendre en haut d’un arbre ? Toutes ces horreurs qu’il avait lues dans les livres, elles allaient se réaliser sur lui, et de façon bien réelle parce que le diable l’avait voulu. 

 

Il partit s’enfermer dans sa cave, un lieu humide et poussiéreux. Il s’assit dans un coin. Il tremblait. La sueur lui coulait dans le dos. Les Blancs réussiraient sûrement à enfoncer sa porte, peut-être qu’ils ne le trouveraient pas, mais alors que feraient-ils ? Ils brûleraient sa maison ! C’était une évidence. Il n’était donc en sûreté nulle part ? Il se souvint de cet esclave qui avait trahi ses amis en révélant leur projet et leurs intentions, et qui, en contrepartie, s’était vu traiter d’une façon privilégiée par la suite. Plus personne ne l’avait insulté ou battu après. Même le diable l’avait laissé tranquille. Sean ne perdit pas une seconde. Il sortit de sa cave et se rua sur son téléphone. Il appela la police de la ville, se présenta, et sans interruption révéla tous les événements, les pétitions, les manifestations qu’il avait prévus pour les mois à venir. Il donna les dates et les heures, ensuite les identités de toutes les personnes qui l’avaient aidé dans ses affaires. Mais la policière qu’il avait au bout du fil lui expliqua calmement que tous ses projets étaient parfaitement légaux. Que s’il le voulait, il pouvait les réaliser sans problème, cela faisait partie de ses droits. Elle le salua et raccrocha.

 

Sean resta blême et garda un moment le téléphone à l’oreille sans dire un mot. Alors, il ne serait jamais tranquille, plus jamais ? Le diable le hanterait jusqu’à la fin de ses jours ? Il ne pourrait rien faire contre cette armée de Blancs qui venait pour incendier sa maison ? Sean se mit à réfléchir, il lui fallait trouver une échappatoire à cette malédiction. Il finit par se souvenir du seul endroit où l’on pouvait se mettre à l’abri du diable, le seul endroit où il ne pouvait rien sur lui. Il monta à l’étage et se positionna sur le balcon. De là, il avait une vue d’ensemble sur son quartier de Boston. Il pouvait même apercevoir l’église St-Stephen, qu’il fréquentait. Il se mit à prier, puis commença à penser à sa vie, à son passé. Il se remémora divers souvenirs, diverses actions qu’il avait entreprises, divers choix qu’il avait faits. Il s’assura que son comportement avait toujours été le meilleur possible. Cela avait été le cas. Il en était sûr, il avait été un homme bon. Alors sans hésiter, il se jeta par-dessus la rambarde de son balcon.

 

Liam GAILLARD

1er prix « Prix Maupassant de la jeune nouvelle », classe de seconde

Devoir transmis au jury national

Lycée Montchapet

36 boulevard Pompon

21000 DIJON

Professeure : madame MUNIER

 

 

 

 

 

 

Une initiation à la peinture

 

 

20 février : À partir d’aujourd’hui je décide de faire un carnet de bord, ce sera pour moi un support pour l’expérience que je vais entreprendre. Je vais suivre une formation pour devenir peintre. Mon maître s’appelle M. Lapalette.

 

21 février : J’ai appris à dessiner seul et cela m’a toujours plu. Je veux que cette passion devienne mon métier. Il est compliqué de se proclamer peintre, j’ai longtemps hésité et c’est à quarante ans que je me décide enfin. J’ai soudain pris conscience de l’importance des arts.

 

22 février : M. Lapalette est très réputé, c’est un peintre afro-américain. Je l’ai rencontré, c’est une personne très sage, vieille et grande. Il aime beaucoup les couleurs vives, sa maison est décorée de tissus à motifs africains, il faut y marcher pieds nus parmi les pots de peinture ouverts. L’odeur d’huile de lavande et de jaune d’œuf pourri, dont il se sert pour diluer ses pigments, domine. Ses toiles sont un mariage joyeux de jaune vif et de nuances de marron chaudes. Ce monsieur a les mains sèches et douces qui font un bruit agréable lorsqu’elles se frottent, son visage est orné d’un sourire éternel et apaisant. Il bouge lentement et parle très bien.

 

23 février : Je passe la journée en compagnie de mon maître. Il parle souvent du pouvoir des couleurs et les remercie pour ce qu’elles apportent chaque jour à notre vie. Il prétend savoir comment est l’enfer, pour lui, il est simplement sans couleurs. Il m’a dit qu’il allait m’apprendre à aimer les couleurs.

 

24 février : Je découvre l’atelier du peintre. J’ai appris que dans le lieu de travail d’un artiste il doit y avoir plusieurs recoins émettant différentes énergies. Un endroit pour la colère, la peinture y est jetée sur les toiles et les murs sont délabrés, un lieu consacré à l’amour, il faut y être nu et en présence de beaucoup de fleurs, le dernier lieu est dédié à la nature, une odeur de mousse doit y régner et un arbre y pousser.

 

25 février : J’ai beaucoup aimé cette journée, j’ai peint des corps nus en prenant exemple sur d’autres peintures de corps nus. J’étais entièrement emporté par mon travail et une des consignes était de peindre avec énergie sans retenue sur des immenses draps. Je tentais de laisser parler mon imagination.

 

26 février : Je suis allé chercher des draps sur un marché aux puces. Je m’en sers pour aménager un espace qui sera le mien, c‘est une sorte de hangar ancien construit le plus simplement possible. Les draps séparent l’espace, je les accroche au plafond pour créer les différentes pièces que je devrais définir et aménager moi-même. Le toit est fait en tôles, très mal isolé, et chaque son résonne, l’ambiance est pourtant calme. Il est de mon devoir de donner vie à ce lieu, peindre sera mon activité de tous les jours. Cet endroit sera mon royaume où je pourrais me sentir en paix.

 

27 février : le temps a une influence monumentale sur notre humeur quotidienne, aujourd’hui il fait froid et il pleut. Je suis allé voir mon maître et il m’a dit qu’il avait besoin d’être seul, il avait l’air en colère, je ne m’inquiète pas et me rassure en pensant que les personnes à spiritualité élevée sont instables, il avait certainement une saute d’humeur. Je me replie seul dans ma cabane lorsqu’une tempête éclate dehors, la tôle de fer subit la pluie et le vent souffle rageusement dans des élans violents. Je sens l’humidité dans l’air froid et regarde l’eau couler par les trous de mon hangar, elle a l’air habituée de venir ici à chaque fois qu’il pleut. Cet endroit devait autrefois servir à stocker le foin des paysans, quelque chose dans l’air fait ressortir ces années de labeur passées.

 

2 mars : Voilà bientôt trois jours que je peins. M. Lapalette me reçoit demain. Je suis entré, ces trois derniers jours, dans une routine, je manie mes pinceaux toute la journée et les heures coulent, je ressors de cet état presque ivre et fatigué.

 

3 mars : J’ai raconté mon activité récente à mon maître et il s’est mis en colère, affirmant qu’un artiste doit constamment changer d’humeur, la routine est ce qu’il y a de pire. Il parlait de train de vie sans rails. Moi qui étais plutôt satisfait de mes créations, j’ai riposté et il m’a mis à la porte. C’est étrange et très peu poli de sa part d’agir comme cela. Je crains d’avoir riposté trop violemment et que mon maître soit fâché.

 

8 mars : Je ressens par la création un bien indéfinissable, je passe des jours entiers sur un détail et cela me plaît tellement que tout est éclipsé l’espace de quelques heures. Je pense que mon maître m’espionne, je ressens sa présence, il me perturbe. J’ai découvert cela lorsque le drap de la pièce que j’ai nommée salle des nus (je peins dans cet espace des humains de tout âge nus) a été légèrement soulevé par un courant d’air rapide et prompt. Je me suis précipité dans la salle en passant sous le drap, j’ai fait tomber un chevalet, tous ces corps surpris nus ont semblé me regarder avec interrogation et stupéfaction, il n’y avait personne. Ce ne pouvait être que lui.

 

9 mars : M. Lapalette continue à me regarder en cachette et sa présence me pèse, je ne fais que penser à lui, je deviens paranoïaque, à tout instant il pourrait être tout près. Je ne pensais pas qu’il prendrait si mal le fait que je défende ma position. Ce qui me préoccupe, c’est que je ne l’aperçois jamais, pourtant parfois je croirais sentir son souffle chaud au-dessus de mon épaule. Je crois aussi qu’il retouche mes tableaux, par exemple je trouve que certaines couleurs changent lorsque je les retrouve après deux heures passées dans la pièce voisine. Parfois mes tubes de peinture sont tous alignés et fermés alors que je ne me souviens pas de les avoir fermés. Peut-être que j’ai des trous de mémoire.

10 mars : Je suis parti de mon atelier parce que je ne veux plus sentir sa présence. Je suis grandement soulagé et décide de faire une balade en forêt pour respirer. Je vis de la flore et m’égaye à la vue d’une fleur, d’un arbre, d’une forêt, d’une montagne ou d’un panorama. Je pense à toute cette histoire et me dis qu’il a réussi à me chasser de mon atelier, m’éloigner de mes œuvres, or je ne veux pas lui donner l’impression de le fuir. Il faut que j’aille le surprendre, il doit être là et peut-être qu’il retouche encore mes tableaux. Pris de panique je cours à l’atelier, j’y entre brusquement et me rends compte que tous mes tableaux ont pris un ton pâle, moins éclatant. Furieux, je déchire les draps et jette les tableaux à travers le hall pour tenter de le toucher, il ne se passe rien. L’atelier est en pagaille, je contemple une seconde fois les tableaux, je les trouve décidément moins beaux, moins recherchés, il semblerait qu’il a réussi en quelques coups de pinceau à les gâcher, pourtant la peinture est sèche. Je me dis que c’est un travail raté, j’ai été trop perturbé. Soudain, dans le calme après cette agitation j’entends que quelqu’un siffle.

Enragé je fais un tas de tous ces tableaux et y mets le feu, je sors en courant et condamne la porte. Je regarde mon hangar brûler lorsqu’un long cri aigu s’en échappe.

 

Hippolyte MONTAGNE

2ème prix ex-aequo « Prix Maupassant de la jeune nouvelle »,

classe de seconde

Lycée Montchapet

36 boulevard Pompon

21000 DIJON

Professeure : madame MUNIER

 

 

La statue de Mister Brown

 

Il était quatorze heures lorsque monsieur Brown arriva à son atelier du Bronx, situé au numéro 9 bis de Charlotte Street. Comme à son habitude, après s’être couché à plus de minuit la veille, celui-ci arrivait toujours aussi tard avant d’entamer sa routine habituelle d’artiste-peintre-sculpteur : ouvrir l’atelier, retirer les draps protégeant les œuvres de la lumière trop vive du soleil, qui pouvait passer au travers des carreaux salis de gouache de la pièce de travail et abîmer ses travaux, avant de fermer légèrement  les volets ; ouvrir les malles abritant les différentes réserves de peintures acryliques, à l’huile et autres, puis sélectionner celles dont il aurait besoin pour commencer son travail. Enfin, écarter son tabouret de sous la table d’étude, puis prendre ses outils de sculpture nécessaires à l’élaboration de ses travaux. La vie de John Brown tenait en quelques mots : « idées », « projet », « élaboration », « finitions », « présentation » et « échec ». Car malheureusement, malgré un talent incontestable, cet homme de trente-six ans avait le plus grand mal du monde à trouver d’autres galeries que la sienne voulant bien exposer ses œuvres, essuyant refus après refus. « Pourquoi ? », se disait-il. Selon les responsables de ces galeries, sélectionnant les artistes dont ils voulaient bien faire la promotion, son art était « trop éloigné des attentes de l’art moderne du monde d’aujourd’hui ». Brown, qui se plaisait à représenter les populations afro-américaines dans la plupart de ses sujets et leurs difficultés passées à s’intégrer dans la population « blanche », n’était -selon leurs dires- pas assez dans la « norme ». « Original de dire ça à un artiste » pensait-il amèrement. Ainsi, plus le temps passait, plus Brown ne comprenait plus ce qu’il faisait de sa vie. Sa profession ne l’épanouissait plus comme auparavant. Ses amis le quittaient peu à peu, même la femme qu’il aimait. Échec après échec, il s’enferma dans un mutisme qui le plongea dans une dépression des plus ingrates. Et c‘est comme cela que tous les jours, après avoir pourtant travaillé des heures durant sur ses œuvres, la santé mentale et physique de John devint petit à petit de moins en moins stable. Il était contraint au même rythme de vie déphasé, à la même grisaille qui embrumait son esprit, à la même routine morne et désolante d’artiste incompris qui se recroquevillait sur lui-même, entouré de ses seuls compagnons : ses tableaux, ses sculptures, ses pinceaux et ses peintures. Il en avait assez de toujours ressasser les mêmes idées, les mêmes paysages et les différentes personnes qu’il représentait, qui finissaient par se ressembler bizarrement toutes. Assez des mêmes couleurs, des mêmes lumières, contrastes et formats ; des mêmes ustensiles usés et des mêmes travaux sans originalité, de ce monotone quotidien dont il était lui-même le créateur et qui se transformait peu à peu en sombre paysage de maux psychologiques qui l’envahissaient. Il avait besoin de frais, de neuf et de nouveau dans sa vie. Il voulait redevenir l’objet de curiosité et l’artiste au futur prometteur qu’il était auparavant, et il avait pour cela une idée…

Ce serait le projet le plus grandiose qu’il ferait. Le projet le plus fantastique, surnaturel, extraordinaire et fabuleux, l’œuvre dont tous les gens parleraient dans New York avant de gagner le reste du monde ; ce serait l’achèvement de sa vie d’artiste. « Mais quel était ce projet ? » diriez-vous. Tout simplement une statue. Mais pas n’importe quelle statue, pensait John Brown. Non, ce serait LA statue. Il s’était dit : « Vénus était la perfection de l’idéal féminin dans la Grèce Antique. Eh bien moi, j’en ferai sa représentation même, à la différence qu’elle représentera également la sublime femme moderne d’origine afro-américaine. » C’était un projet prétentieux et extrêmement ambitieux, qui relevait du défi contre les plus grands sculpteurs tels que Michel-Ange, Léonard de Vinci, Picasso ou encore Alberto Giacometti. Mais Brown était prêt à tout pour retrouver sa splendeur d’antan et il avait pour cela un réel et surprenant talent à mettre à son service. Et à ses yeux, ce projet, aussi fou soit-il, en constituait la seule solution. Pour cela, il fit venir du marbre brun de Saint-Pons, en France. Dès qu’il le reçut, après avoir ébauché des plans et pensé à tous les détails, il se mit au travail. Il œuvra sans relâche, enchaînant les soirées en mangeant et dormant le strict minimum, voire mal, s’autorisant seulement quelques pauses pour des petits verres de scotch qui, selon lui, le « requinquaient ». Les spots l’éblouissaient jusqu’à des heures indues, ses paupières papillonnaient de fatigue et son corps douloureux souffrait de grandes courbatures : son estomac gargouillait, mais sa folie créatrice l’emportait sur tout, et seuls ses yeux alertes concentrés et sa main agile continuaient inlassablement de se mouvoir.

Quelque trois mois après le début de son travail, Brown revenait à son atelier, déterminé pour une nouvelle journée, comme c’était le cas presque chaque jour. Il avait maigri. Ses yeux rougis et bouffis trahissaient son immense fatigue, ses cheveux se dégarnissaient peu à peu, et puisqu’il ne se rasait plus et passait la quasi-totalité de son temps en habits sales d’atelier, on eût dit une personne dans le besoin tant son aspect laissait à désirer. Et en effet il l’était, car malgré le fait qu’il pensait aller de mieux en mieux psychologiquement, des événements relativement troublants commencèrent à apparaître dans sa vie quotidienne au fur et à mesure que le temps passait…

Au début ce n’était pas grand-chose : des fois, alors qu’il était assis tranquillement dans son atelier, toujours pris de sa frénésie créatrice, il se mettait à entendre des voix. Ou plutôt plus particulièrement une voix, voire un léger murmure. Celui d’une voix féminine, douce et langoureuse, qui l’appelait et l’invitait à le rejoindre. D’abord il n’y prenait pas garde, car pris dans son travail il se fit la réflexion que ce n’était peut-être qu’une conséquence de son rythme de vie, conscient de ses écarts. Il secoua un coup la tête, la voix disparut et John reprit son travail « normalement ». Une autre fois cependant, ce furent des pleurs qu’il entendit, comme un écho, lorsqu’il arriva un soir dans son atelier où l’atmosphère devenait pesante au fil du temps. Intrigué, et même légèrement anxieux, après s’être dépêché d’allumer les lumières et d’ouvrir les fenêtres pour aérer la pièce, Brown se dit qu’il fallait peut-être qu’il se mette à songer sérieusement à se reposer. Son œuvre avançait bien, il était content de son travail, alors il pourrait certainement bientôt prendre des vacances de façon à le reprendre dans de meilleures conditions. Brown avança lentement dans la pièce. Les pleurs avaient cessé, mais il lui avait semblé que mystérieusement, sans qu’il ne sache pourquoi, ils venaient de la statue de marbre qui semblait avoir effectué une légère rotation, car il était convaincu d’avoir quitté l’atelier en la laissant face à lui la veille. Une angoisse l’envahit. Un bruit claqua et les lumières s’éteignirent toutes seules. Il en conclut, pour se rassurer, que les plombs avaient juste dû sauter tout naturellement. Alors il s’approcha d’un meuble où traînait son bric-à-brac pour y chercher une bougie et des allumettes. Il tâtonna et trouva la bougie, alors qu’il se posait des questions sur le déplacement inopiné de sa magnifique sculpture qui prenait belle forme. Encore un peu et c’était le paquet de petites allumettes. Il ouvrit la boîte, en prit une et la frotta contre le côté de la boîte pour l’allumer. Elle forma une petite flamme, étrangement blanche. Et lorsque Brown se retourna ave la bougie et l’allumette, c’est avec une surprise des plus terrifiantes qu’un visage de marbre brunâtre apparut sous son nez, les traits tordus en une expression de souffrance intense. Un cri masculin fusa et l’homme sentit quelque chose de très lourd lui asséner un coup à l’arrière de la tête avant de s’évanouir.

            Brown se réveilla le lendemain matin au petit jour. Lorsqu’il ouvrit les yeux, une vive panique s’empara de lui lorsque la tournure qu’avaient prise les événements de la veille lui revint en mémoire. La détresse prit en main le trentenaire dont les yeux fuyants ne cherchaient qu’une sortie. Il se demanda s’il ne virait pas fou puis se releva d’un bond avant de s’arrêter net en observant l’intérieur de l’atelier. Quel ne fut pas son étonnement lorsqu’il vit que tout était positionné comme il l’avait laissé avant l’effroyable soirée qu’il avait passée ! Effaré, inquiet de sa santé mentale, John ramassa les affaires dont il avait besoin dans un seul mouvement, prit son sac et ses clefs, ferma l’atelier à double tour après avoir tout clos dedans et s’en alla d’un pas pressé chez lui. Des milliers de pensées traversaient son esprit. Arrivé dans son petit appartement de l’Allerton Avenue, il posa tout, ne prit même pas la peine d’enlever son manteau, s’assit sur une chaise devant la table de sa petite cuisine et se prit la tête entre les mains. D’un air hagard, il réfléchissait à ce qui s’était passé. « Je suis pourtant persuadé de ne pas avoir rêvé… mais qu’est-ce qui ne va pas chez moi à la fin ? » s’angoissa-t-il. Il partit se coucher et ne se réveilla que le soir. Décidé à reprendre son travail après s’être convaincu qu’il ne faisait que traverser une mauvaise passe d’artiste, il prit un bon repas pour une fois et repartit travailler dans son atelier. Après tout, il avait beaucoup tiré sur la corde. C’était certainement son corps qui avait déclenché un signal d’alarme avec ces hallucinations, pour lui faire comprendre qu’il était temps de se reprendre correctement en main. Inquiet, mais convaincu que cela irait mieux maintenant qu’il s’était un peu reposé et qu’il était conscient des dangers qu’encourait sa santé mentale s’il ne faisait pas un peu plus attention à lui, Brown traversa Baychester avant d’arriver à son lieu de travail privilégié…

            Lorsqu’il entra après avoir ouvert l’atelier, l’homme se sentit soudain de nouveau très mal à l’aise. Il dénoua son écharpe, comme oppressé par l’ambiance et l’odeur âcre qui se dégageait d’une source inconnue, puis appuya sur l’interrupteur pour allumer les lampes. Elles clignotèrent avant de n’éclairer d’une pâle lumière blanche qu’un petit coin au centre de l’atelier, qui semblait étrangement vide. Du matériel avait disparu : des chevalets, des œuvres, des pots et des pinceaux… La terreur envahit Brown. Il approcha à pas craintifs, tel un animal sauvage, du milieu de la pièce où, recouvert d’un drap blanc, trônait la statue d’une femme. Terrifié à l’idée de ce qu’il risquait de trouver sous ce drap s’il le soulevait, il hésita un instant, qui lui sembla s’éterniser des heures, à approcher sa main. Sa notion du réel avait disparu, il ne savait plus s’il était dans un cauchemar ou dans la vie qu’il connaissait, mais il n’eut pas besoin de se décider à soulever le drap ou non, car soudain ce dernier frémit, avant qu’une fine main de marbre à la couleur foncée et aux doigts délicats s’en dégagea pour tirer dessus. Le drap tomba. L’homme se figea dans une horreur mêlée de curiosité et d’émerveillement en découvrant ce magnifique être de roche foncée aux traits tordus de chagrin le regarder droit dans les yeux, de ces pâles yeux vides sans pupilles qu’ont les statues. Et, pendant que Brown tombait à genoux aux pieds de cette femme sans plus savoir si elle était réalité ou le fruit de son imagination, pendant qu’il baisait d’amour les frêles pieds de cette merveille à la beauté incommensurable dont il était le créateur, des larmes coulaient du coin des yeux mi-clos de la jeune femme qui regardait l’homme à ses pieds, creusant en sillons les douces joues semblables à de la peau humaine de ce malheureux être, avant de tomber et de rouler doucement sur une bouteille d’alcool vide couchée sur le sol, à côté de l’homme.

 

Nathalie RUDOLF

2ème prix ex-aequo « Prix Maupassant de la jeune nouvelle »,

classe de seconde 

Lycée Montchapet

36 boulevard Pompon

21000 DIJON

Professeure : madame MUNIER

 

 

 

 

 

 

 

Ma mère

Qui ?

Ma mère est courageuse.

Je l’aime beaucoup.

Elle m’aime aussi.

Ma mère est belle quand elle porte une robe et une Écharpe.

Elle est tout mon monde.

Elle est médecin, elle aide les gens.

Elle est bien habillée et élégante.

Aujourd’hui elle est fatiguée.

Pourquoi ?

Elle a deux enfants.

Elle travaille beaucoup.

Elle voyage avec moi.

Elle sort avec le chien.

Elle a trois chats et un chien.

Elle nous aime, moi, mon père et ma sœur.

Elle est bonne.

Elle est polie.

Elle a un visage agréable.

Quand nous allons en France, elle fait la cuisine.

J’adore les vêtements de ma mère.

Elle aime faire de la boxe.

Elle est forte.

Elle rêve d’habiter en Belgique.

J’ai une mère parfaite.

Anna STERNAL

1er « Prix d’expression écrite »

Première année de français

Collège Saint-François d’Assise

59-220 LEGNICA (Pologne)

Professeure : madame JUJECZKA

Le théâtre me libère de la vie quotidienne

 

 

Un jour ordinaire.

Je rentre de l’école et comme toujours je suis épuisée.

Je rêve de la possibilité de sortir et faire quelque chose de créatif.

Premièrement : J’utilise mon ordinateur.

Puis : Je cherche des informations sur ce qui se passe dans ma ville.

Rien n’attire mon attention.

Mais… soudain !

J’ai trouvé

Ce dont j’avais besoin.

Le théâtre de Helena Modjeska à Legnica. C’est un lieu où je peux oublier tout ce qui me préoccupe et m’irrite.

Sans hésiter je réserve un billet et je me prépare pour le spectacle.

***

 

J’ai décidé d’arriver un peu plus tôt. C’était une bonne idée parce que je pouvais écouter de la musique qui m’a rappelé des spectacles précédents.

 Je me sentais toute émue. Je connaissais déjà les sentiments et les émotions qui m’envahissaient.

Après quelques minutes d’attente, on m’a donné le programme de ce spectacle, bien nécessaire pour comprendre l’action.

***

Les lumières se sont éteintes.

Le silence est tombé.

J’ai ressenti les frissons d’exaltation.

Je sentais que c’était mon univers.

 

L’action était compliquée, controverse, mail il y avait beaucoup de belles scènes.

Pour moi, l’art est tout ce qui me calme, me met dans une ambiance en extase.

La musique

Le théâtre

La peinture

La littérature

Nous rencontrons l’art tous les jours.

Le théâtre marie tout ensemble.

C’EST POURQUOI JE LE CHOISIS

J’y viens pour me reposer, pour sentir que ma vie est belle, pour me rappeler qu’on vit pour ces moments-là.

Le théâtre m’a ouvert la porte de la beauté et m’a montré que l’imagination n’a pas de limites.

Nous apprenons à connaître les personnes qui poursuivent avec passion leurs objectifs.

Ils nous racontent des histoires qui aident à comprendre l’autre.

Les acteurs expriment leurs émotions et leurs sentiments.

Ils sont authentiques dans ce qu’ils font parce qu’ils aiment leur travail.

J’aime regarder passionnément les gens parce qu’ils m’inspirent.

 

L’art me complète, me permet de vivre.

Le théâtre me libère de la vie quotidienne

 

 

Weronika WOZNIAK

1er « Prix d’expression écrite »

Troisième année de français

Lycée Saint-François d’Assise

59-220 LEGNICA (Pologne)

Professeure : madame JUJECZKA

 

 

« Si tu ne veux pas être invisible, tu dois être toi-même »

(Coco Chanel)

 

 

Je m’appelle Klaudia et je suis la nouvelle vedette dans le monde de la mode.

 

Mais à l’école on m’appelle « Coco Chanel » Je suis différente des autres…

 

Déjà depuis mon enfance j’adorais les fringues, je me déguisais souvent. Je suis responsable de plusieurs « victimes » : hauts talons, robes, jupes, bijoux, sacs de ma mère. J’admire sa patience, elle ne disait jamais rien, même surprise du nouveau look de sa veste préférée. J’étais aussi capricieuse et je ne voulais pas mettre ce qu’on me proposait…

La dentelle, le ouatage, les franges…

J’ai voulu être styliste depuis le moment où j’ai pris pour la première fois le carnet à croquis et j’ai ébauché ma première robe.

De jour en jour j’ai eu de nouvelles idées.

 

Ça fait 4 ou cinq ans que j’ai vu, avec ma sœur, le film sur Coco Chanel. Un coup de foudre ! Eureka ! Ce film m’a ouvert les yeux. J’ai tout compris !

Un film absolument admirable, plein d’émotions, racontant comment Gabrielle est devenue Coco, l’icône de la mode, le symbole de l’émancipation féminine, le symbole de la réussite à la française, mais surtout le symbole de l’élégance et de la liberté !

 

Dans mon temps libre, je prends mon ordinateur portable, sketchbook, et je crée des différentes conceptions des vêtements qui sont dans ma tête depuis toujours. J’espère qu’un jour mes projets seront admirés et portés par d’autres avec un sourire sur leurs visages.

 

Il arrive que je vois devant mes yeux un projet que je dois absolument mettre sur le papier. Après un moment il y a quelque chose de merveilleux. Je veux être « quelqu’un », et lutter jusqu’au but et atteindre le Mont Everest de la couture.

 

Je veux et je sais qu’un jour je serai connue ! Je puise mon inspiration artistique de la vie qui se passe à côté, de la nature, en regardant les gens autour de moi.

 

Je sens que les étoiles ont voulu que je sois la Coco Chanel du XXIème siècle.

 

« Pour être irremplaçable, il faut être différente ».

 

C’est moi !

 

Peut-être je ne suis pas comme tout le monde, mais je suis moi-même.

 

Depuis toujours j’ai fait attention aux vêtements que je porte. La mode est très importante pour moi. J’adore être chic et élégante. J’ai consacré beaucoup de temps pour être bien habillée. J’ai lu des magazines de mode parce que j’ai voulu savoir quel était le dernier cri de la mode, de ce qui se passait dans ce monde si bizarre, quelles sont les dernières « vagues » pour ne pas être démodée. Dans les magazines j’ai pu trouver des propositions comment « marier », composer des styles, des couleurs, des vêtements, des accessoires. J’aime m’exprimer par mon style.

 

« La plus belle couleur au monde est celle qui vous va bien ».

 

Ce sont les mots de Coco Chanel, une femme de succès, mon inspiration, ma muse. Grâce à elle je sais qui je suis et ce que je veux faire dans ma vie.

 

Coco Chanel a changé ma vie.

 

Klaudia TATYS

1er « Prix d’expression écrite »

Quatrième année de français

Devoir transmis au jury national

Lycée Saint-François d’Assise

59-220 LEGNICA (Pologne)

Professeure : madame JUJECZKA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Poésie

 

 

Le silence

Troublé par un tic-tac de l’horloge.

L’obscurité

Est parsemée par l’océan des étoiles d’argent,

Sur le firmament d’un ciel d’encre

(la couleur de ta robe),

Qui comme des perles sur ton cou

Elles parlent de toi

Et encore une odeur des parfums dans l’air

Et un rire perdu dans le silence

Et la solitude

 

Le milliard d’aiguilles pointues

Qui percent mon cœur

Lentement

 

Me tuent.

 

Julia MLYNARCZYK

1er « Prix de la jeune poésie »

Deuxième année de français

Devoir transmis au jury national

Collège Saint-François d’Assise

59-220 LEGNICA (Pologne)

Professeure : madame JUJECZKA

 

 

 

 

Tokyo

 

Tokyo, mon Tokyo !

Une ville des couleurs et des lumières.

Moderne, distante, extravagante…

Le jour,

Tu es vivant, dynamique.

La nuit, tu es épuisé,

Tu t’endors.

Je veux connaître tes mystères.

Je veux connaître tes goûts

Ces sucrés et ces salés.

Je veux goûter tes friandises,

Célèbres dans le monde entier.

Je veux goûter ta cuisine.

Une cuisine qui étonne.

Je veux te connaître,

Comme tout le monde te connaît déjà.

Et je veux connaître ce

Qui est en face devant nos yeux

Et ce qui est caché.

Je veux connaître ton silence,

Ton bruit.

Je veux connaître ton calme,

Ton vacarme.

Tes endroits les plus connus

Et ces inconnus.

Je veux connaître ton centre

Et tes banlieues.

Je veux te connaître en entier,

Morceau par morceau.

Découvrir tes plus profonds secrets.

Je veux connaître…

Je veux…

 

 

Kamila CICHOKA

1er « Prix de la jeune poésie »

Troisième année de français

Collège Saint-François d’Assise

59-220 LEGNICA (Pologne)

Professeure : madame JUJECZKA

 

 

 

 

 

 

Pour un ami

 

 

Guide-moi là où règne l’amour

Partons ensemble jusqu’à la fin du monde

Marchons à travers champs, lacs, forêts

Dire au revoir à la tristesse de nos cœurs

Passons à travers un pont d’amitié

Pour ressentir notre imagination

Et le but qui est déjà tout près

Qui frappe à notre porte…

Marchons vers les étoiles, dépêchons-nous

Le temps passe trop vite

Guide-moi comme les phares

À travers ma vie, l’amour,

Les obstacles difficiles à surmonter

Pour découvrir les étoiles

Notre horloge céleste

Le sens de l’existence

Et si la lumière des étoiles

Sera là dans les nuages

Nous verrons encore les étoiles

Guide-moi où les rêves existent encore

Là, où le soleil aveugle la tristesse

Par un royaume des rêves et des sentiments

Ouvrons nos yeux

À ce monde irréel qui va nous chanter

Le soupir du silence,

Comme une lanterne éclairant notre chemin

Pour toucher les rayons des étincelles dans le ciel

Dans la nuit la plus sombre.

 

Agata SOPATA

1er « Prix de la jeune poésie »

Deuxième année de français

Lycée Saint-François d’Assise

59-220 LEGNICA (Pologne)

Professeure : madame JUJECZKA

 

 

 

 

 

 

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