Remise du trophée ‘’NOUS L’EUROPE 2016’’ :

 

2016 concours  nous l'europe (800x600)

 

Le 16 novembre 2016, Remise du trophée du concours "Nous l'Europe "2016 par des membres du comité de l'AMOPA 21,  aux lauréats du 1er prix national.

Les 3 lycéens du lycée international Charles de Gaulle de Dijon, Lucie Jovignot, Lucas Privet et Athénaïs Wursten (absente de la photo) ont également  reçu  chacun, une gratification de 50€ offerte par notre section.

Le sujet traité était: " Le mur interdit le passage, la frontière le régule".

Le proviseur du lycée Monsieur Bruno Hein, membre de notre section  et le professeur Mr Dimitri Vouzelle étaient également présents. Des élèves du lycée avaient déjà gagné ce trophée en 2014.

Toutes nos félicitations aux 3 lycéens, au professeur et au lycée Charles de Gaulle.

Rappelons que ce concours, parrainé par le Président du Parlement  européen, s'inscrit dans l'intérêt de l'AMOPA pour l'éducation à la conscience européenne de la Jeunesse.

 

 

Ci-dessous, LE TEXTE INTeGRAL DES LycEennes et Lycéen primés.

 

L'Europe et les immigrants - 20 Août 2015

 

 

© Chappatte dans NZZ am Sonntag

Introduction

Le 3 septembre 2015, une image choc a fait le tour des médias occidentaux : la mort d'un enfant syrien rejeté sur une plage turque du nom d'Aylan Kurdi, âgé de 3 ans. Sa disparition a fait office d'électrochoc, particulièrement dans la communauté européenne ce qui a conduit à une mobilisation rarement vue ces dernières années (accueil de 10 000 ressortissants en Autriche, bus mis à la disposition des réfugiés en Hongrie, …).  

Malgré toutes ces actions, l'Europe est dépassée par l'ampleur de cette immigration massive et les frontières ne suffisent plus à endiguer cet afflux. Des murs sont en construction et en projet, des frontières se ferment. Les accords de Schengen sont remis en question. Le dessin de la page précédente rend bien compte de cet état de chose.

La construction de murs ne date pas d’aujourd’hui. L’existence des frontières non plus. L’Europe et le monde connaissent aujourd’hui deux phénomènes contradictoires. D’une part on observe une accélération des échanges de toutes sortes et une augmentation des flux humains et d’autre part on assiste à une tentation du repli sur soi.

La formule de Régis Debray, philosophe et écrivain français, extraite de son livre Eloge des frontières (2010) « Le mur interdit le passage la frontière le régule » semble pertinente pour analyser les mouvements de population aujourd’hui.

Après avoir fait un rappel historique des murs les plus emblématiques de l’histoire, nous discuterons la réalité de la première partie de sa citation. En second lieu nous réfléchirons au rôle des frontières. Enfin le cas de l’Union européenne est approfondi.

 

I) Un tour du monde des murs d’hier à  aujourd’hui ; le mur interdit-il vraiment  le passage ?

 

1)       Les murs dans l’Antiquité

Deux murs d’une étendue géographique importante ont marqué l’Antiquité. Il s’agit du Limes et  de la Grande Muraille de Chine.

 Le Limes romain est le nom donné aux frontières de l'Empire Romain. Ce terme est apparu pour la première fois en 97 après Jésus Christ et a été utilisé par l'historien Tacite (55-120). Son premier sens est celui de « chemin » mais il servira plus tard à désigner l'ensemble des frontières romaines. Il concernait en particulier l’Europe.

Il s'étendait sur plus de 5 000 kilomètres depuis la côte Atlantique jusqu'à l'Afrique du Nord en passant par l'Europe, la mer Noire et la mer Rouge. Le Limes, frontière de l'Empire, au 2ème siècle

 

http://lafautearousseau.hautetfort.com

Il s'agissait le plus souvent de forts, de murs bâtis, de tours de guet ou d'habitations civiles mais certaines parties du Limes étaient également des frontières naturelles comme des fossés, des fleuves ou des montagnes.

Le limes romain avait plusieurs fonctions. Il s’agissait de délimiter les frontières entre les différentes régions administrées par l'Empire et de défendre l'Empire des assauts extérieurs. Cependant, il est admis que ce n'était pas le rôle principal du Limes. Il avait pour but de permettre un déplacement des troupes plus rapide et le contrôle des frontières en établissant des points de passage. Il servait aussi au commerce et à la récupération de taxes douanières.

Même si la majorité des éléments qui composaient le Limes ont aujourd'hui disparu, on en retrouve plusieurs vestiges.

Le vestige du Limes le plus représentatif est le mur d'Hadrien, au Royaume Uni, long d'environ 118 kilomètres, soit toute la largeur de l'Angleterre et construit sous les ordres de l'empereur Hadrien vers 122 après J.C. Il a été construit afin de protéger le sud de l'île des tribus barbares extérieures. 

 

Carte du Mur d'Hadrien

 

 

http://2mconnaissances.free.fr/accueil_limes.php

Vestiges du mur d’Hadrien aujourd’hui

 

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mur_d%27Hadrien

Cette photographie contemporaine fait plus penser à un muret qu’à un mur de protection Ce mur a été progressivement abandonné vers le 5ème siècle après Jésus Christ par les légions romaines.

Un autre limes représentatif est le limes germanique, il avait pour but de protéger les territoires romains en Germanie des tribus germaniques. Il était constitué de différents forts espacés d'une dizaine de kilomètres, dont Cologne, Strasbourg et Vienne. Le limes fut finalement détruit vers 258 par des attaques des Alamans. Cependant, l'empereur Aurélien organisa une nouvelle frontière le long du Rhin avec comme base militaire, le camp de Brigantium, maintenant connu sous le nom de Bregenz.

 

 

Carte du limes germanique

 

 

http://www.maquetland.com/phototeque/impression/206

 

La Grande Muraille de Chine, qui fut construite et reconstruite entre le IIIème siècle après JC et le XVIIème siècle est un autre mur mondialement connu. Elle servait à marquer et à défendre la frontière nord de la Chine.

La dynastie Ming est la dynastie la plus communément associée à la Muraille de Chine bien que la dynastie responsable de sa création fut celle des Quin. Vers 221 après J.C l'empereur Qin Shi Huang entreprend la construction d'un grand mur qui servira à protéger les territoires conquis plus efficacement.

La construction du mur  a été poursuive par de nombreuses dynasties : les Han, le Sui et les Ming, entre autres. Selon plusieurs sources, elle parcourt environ 6 700 kilomètres. D’autres l’évaluent à plus de  8 850 kilomètres. Le chiffre de plus de  20 000 kilomètres est même donné. Il correspondrait à sa longueur originale.

 

 

http://www.lamurailledechine.net/

 

2) Quelques murs contemporains emblématiques

Le « mur de la honte » fut construit et aménagé à partir du 12 août  1961 à Berlin. Depuis  1949, l’Allemagne est scindée en deux pays. A l’Ouest, la République fédérale allemande et à L’est la République démocratique allemande qui fait partie du bloc soviétique Entre 1949 et 1961, environ trois millions de citoyens de RDA sont passés à l'Ouest, dont près de 60 % appartenant à la population active. Le mur est bordé de mines anti personnelles, de pièges pour tanks, de barrières d'alarme... Au mur de 3,5 m de hauteur courant sur 155 km autour de Berlin-Ouest s'ajoutent ensuite les «murs» créés par la fermeture des réseaux de communication ferroviaire et métropolitain entre Berlin-Ouest et Berlin-Est.

 

Sur les 81 points de passage existant avant août 1961, 69 sont fermés dès le 13 août, par des barbelés et des murs de briques. Pour les visiteurs étrangers est assigné un point de passage unique situé dans Friedrich Strasse (Checkpoint Charlie), ouvert jour et nuit.

 

La police est-allemande consolide le Mur de Berlin en octobre 1961

 

http://www.dw.com/image/

Ce mur a été le symbole de la Guerre froide en Europe et dans le monde. Il fut détruit le  9 novembre  1989.

Plus récemment, deux murs ont été construits, un à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique et un autour de la Cisjordanie et Jérusalem.

Le Congrès Américain a adopté le « Secure Fence Act », une clôture de 3200 kilomètres, allant du Golfe du Mexique à l’Océan Pacifique, le 14 Novembre 2006. Le budget initial du mur atteignait 2 milliards de dollars, puis 7 milliards selon les démocrates en 2006 mais de nos jours les chiffres annoncés varient de 10 à 20 milliards de dollars. 

Pas moins de 18 000 hommes sont chargés de la surveiller, depuis des miradors, construits en grand nombre (environ 1800).  

Un  « mur de sécurité » a été construit par le gouvernement israélien autour de la Cisjordanie et de Jérusalem.

Carte du « mur de sécurité »

 

 

Le « mur de sécurité » israélien Philippe Rekacewicz, novembre 2002

Banksy, le mystérieux graffeur anglais, artiste très engagé a tagué quelques blocs de béton qui constituent ce mur. En tout il a réalisé 9 fresques, dans le style « street art », qui caractérise la façon de s’exprimer de cet artiste considéré comme génie par certains experts et non reconnu par d’autres.

Voici quelques-unes  de ses œuvres engagées :

Art Attack - Banksy - Palestine mur près de Qalandiya - juillet 2005

 

 

http://www.parisladouce.com/2012/07/street-art-banksy-en-palestine-projet.htm

Balloon debate - Fillette aux ballons - Banksy - Palestine (West Bank) 2005

 

http://www.parisladouce.com/2012/07/street-art-banksy-en-palestine-projet.htm

 

Window on the West Bank - Banksy - Palestine juillet 2005 -

 

http://www.parisladouce.com/2012/07/street-art-banksy-en-palestine-projet.htm

Le projet "Santa’s Ghetto" d’où sont issues ces photographies est un message d'espoir à destination des populations civiles. Ces œuvres mettent en avant un message de paix et de non violence. Le but est aussi de dénoncer l’absurdité des murs.

 

Unwelcome Intervention - Banksy mur près de Bethléem - juillet 2005 – 

 

 

http://www.parisladouce.com/2012/07/street-art-banksy-en-palestine-projet.htm

 

Lors de la réalisation cette fresque « Unwelcome Intervention », un vieil homme s’approche de Banksy et ils échangent ces quelques mots :

« - Vous embellissez le mur.

   -Merci, c’est gentil.

   -On ne veut pas que ce mur soit beau, on ne veut pas de ce mur, rentrez chez vous. »

Ce dialogue renvoie à la façon dont les murs sont perçus par ceux qui les subissent.

 

 

3) Une efficacité très relative

 

Ces quatre murs qui ne constituent pas une liste exhaustive des murs ayant été construits avaient tous un but sécuritaire ou de protection. Il s’agissait respectivement soit d’empêcher des invasions extérieures soit de stopper le départ de population soit de sécuriser un territoire.

Il est donc bien question «  d’interdire le passage ».

Si cette citation se vérifie quand on analyse les motivations de ceux qui ont décidé la construction de ces murs, la réalité et l’usage montrent qu’aucun n’a été totalement efficace. 

Ainsi, le limes romain était une frontière plus symbolique qu'efficace. En effet, les limes subirent peu d'attaques. La principale attaque notable est celle des Alamans en 258 qui parvinrent à détruire une partie du limes germanique. Il n’a pas empêché la chute du dernier empereur romain d’Occident en  476.

Pour ce qui est de l'efficacité de la Grande Muraille de Chine, les événements ont démontré que malgré la taille et les moyens déployés par cette muraille, elle s'est révélée plutôt inefficace.

En effet, hormis durant la première partie de l'histoire de la muraille, soit, sous la dynastie Quin, la Chine subit plusieurs invasions, la principale étant l'invasion mongole. L'échec de la muraille pourrait s'expliquer par la faiblesse sur le plan militaire des dynasties chinoises qui suivirent celle des Quin. Cet édifice a donc servi surtout de muraille « symbolique » mais lorsqu'elle a dû stopper les invasions étrangères, elle s'est retrouvée relativement inefficace.

Le mur de Berlin n’a pas évité le départ de plusieurs milliers d’Allemands de RDA. Des milliers d’entre eux ont tenté de le franchir au péril de leur vie. Au total, d'août 1961 au 8 mars 1989, 5 075 personnes réussissent à s'évader de l'Est pour Berlin-Ouest par divers moyens : escalade, mais aussi souterrains, voitures spécialement transformées.

 

Le renforcement de la protection de la frontière entre les Etats –Unis et le Mexique n’est pas vraiment efficace pour lutter contre l’immigration clandestine. En 2012 le chiffre d’immigrés clandestins était estimé à environ onze millions. 

Enfin la construction d’un mur en Cisjordanie ne garantit pas à Israël une sécurité complète. Ce pays subit régulièrement des attaques. 

Les murs dans le monde en septembre 2015.

 

 

 

Le mur partout la même image !